La violence ne cesse pas en Irak. Elle ne cesse, au contraire, pas de s’y développer. Près de 1750 soldats américains y ont déjà trouvé la mort. Le nombre des victimes irakiennes s’élève, lui, à plusieurs dizaines par jour.Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, en était,Dimanche dernier, à reconnaître que l’insurrection pourrait durer jusqu’à douze ans encore et le soutien des Américains à cette guerre et au Président qui l’a lancée s’érode en conséquence. Sur les deux fronts, intérieur et irakien, Georges Bush est maintenant en difficultés et c’est la raison pour laquelle il appelait, hier, les Américains à faire front derrière lui sur ce qu’il a appelé « le dernier des champs de bataille de la guerre contre le terrorisme ». Prononcé sur une base militaire et diffusé en début de soirée, à l’heure de plus grande écoute, tout son discours était bâti sur l’idée que l’Amérique menait en Irak la guerre qui lui avait été déclarée le 11 septembre, que l’Amérique, donc, se défendait dans ces combats et n’avait pas d’autre choix que de « défaire les terroristes à l’étranger avant qu’ils ne nous attaquent chez nous ». Le message était clair. Nous ne pouvons pas reculer, nous ne pouvons pas baisser les bras, disait le Président américain, car « beaucoup des terroristes qui tuent dans les rues de Bagdad sont des adeptes de la même idéologie meurtrière qui a attenté à la vie de nos citoyens à New York, à Washington et en Pennsylvanie » mais, maintenant ? Que faire maintenant que les Américains, comme Georges Bush l’a lui-même noté, « se demandent si ce sacrifice vaut le coup » ? Continuer, a-t-il répondu, persévérer, « accepter ce fardeau », poursuivre l’effort de construction d’un Irak libre, démocratique et stable en se gardant des deux erreurs que seraient l’envoi de troupes supplémentaires et l’établissement d’un calendrier de retrait. Envoyer de nouvelles troupes, a expliqué Georges Bush en omettant de dire qu’il faudrait, pour cela, rétablir, la conscription, se serait dispenser les Irakiens de prendre la direction des opérations et laisser croire que l’Amérique veut s’installer pour toujours en Irak. Fixer un calendrier de retrait, a-t-il ajouté, se serait miner à la fois la détermination des troupes américaines et la confiance des Irakiens qui ont besoin de savoir que l’Amérique ne partira pas avant que le boulot n’ait été fait ». C'est vrai, ces contraintes délimitent en effet la marge de manœuvre de la Maison-Blanche mais leur réalité dit, en même temps, l’erreur que fut cette aventure et le piège qui se referme sur l’Amérique. Les Etats-Unis ne peuvent plus perdre cette guerre. Ce serait une catastrophe pour eux et pour le monde mais peuvent-ils la gagner sans accroître leur effort militaire et pourraient-ils ne pas s’enferrer encore plus en le faisant ? Rien n’est moins sûr car en allant renverser un dictateur à bout de souffle, en croyant s’offrir une victoire aisée qui aurait servi leur prestige moral et militaire, ils ont créé un nouveau champ de bataille au cœur du Proche-Orient sur lequel le terrorisme islamiste rallie ses troupes et se refait une jeunesse. Georges Bush voulait rassurer. Il n’est pas sûr qu’il y soit parvenu.

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