En France, à droite et à gauche, les deux favoris des sondages dans la course à l’Elysée se disputent souvent son parrainage. Vu de France, Tony Blair reste cet homme neuf, qui a su se faire élire et deux fois réélire, dix ans de pouvoir continu au printemps prochain, en convertissant le Parti travailliste à l’ordre et à la libéralisation économique. En Grande-Bretagne, c’est tout différent. Avec 67% d’opinions négatives et treize sondages depuis avril plaçant les conservateurs devant les travaillistes, Tony Blair est dans la situation de Jacques Chirac, contesté par son propre parti, brocardé par la presse, rejeté par l’électorat et condamné à marteler, sur la musique du Président de la République lundi : « Il faut nous calmer, garder notre sang-froid et continuer à gouverner ». Tout conspire, maintenant, à lui nuire et, d’abord, la maladresse qu’il a commise l’année dernière, avant sa dernière réélection, en déclarant qu’il menait sa dernière campagne car trois mandats lui suffiraient. Il avait voulu, par là, calmer l’impatience de ses rivaux travaillistes et faire comprendre aux électeurs qu’il n’ignorait pas que le pouvoir usait. Il s’était cru habile mais, si cette habilité l’a aidé à remporter sa troisième victoire, elle aussi fait de lui un sortant. Dès lors qu’il n’était plus l’avenir mais seulement le présent, le parti conservateur s’est mis en ordre de bataille, plaçant à sa tête un tout jeune homme qui s’ingénie à faire des emprunts à gauche comme Tony Blair en avait fait à droite et la bataille de succession s’est, parallèlement, ouverte dans les rangs travaillistes, divisant le parti pour le plus grand bonheur des journaux qui en font des manchettes quotidiennes. Tony Blair s’est tiré dans le pied, accélérant ainsi une descente aux enfers qu’il avait entamée avec la guerre d’Irak, lorsqu’il avait décidé de participer à l’intervention américaine contre son opinion publique, contre ses électeurs, contre plusieurs de ses ministres et contre un grand nombre des élus de son parti. Il avait alors cru que l’Histoire lui donnerait raison et que, renforcé sur sa scène intérieure, il pourrait vite s’imposer en leader naturel de l’Europe et devenir le premier Président de l’Union, poste que le projet de Constitution européenne prévoyait de créer. Tony Blair marchait vers un avenir radieux mais ce rêve s’est perdu dans le chaos irakien. Il ne s’est, au contraire, jamais remis de l’aventure irakienne et, l’échec allant à l’échec, un scandale a achevé de le décrédibiliser quand il a été révélé que des hommes fortunés avaient été anoblis après avoir prêté de l’argent au parti travailliste pour financer sa campagne électorale. Tony Blair est devenu l’ami des riches, des nouveaux riches au premier chef ce qui est encore pire en termes d’image. A en croire les rumeurs rapportées avant-hier par les grands titres londoniens, il se serait maintenant résolu à annoncer en septembre qu’il se retirerait au printemps prochain, dix ans après sa première élection, au moment même où la France votera.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.