Les grandes crises ne prennent pas de vacances, les étés sont rarement calmes sur la scène internationale. L’année politique n’en existe pourtant pas moins et celle qui s’achève aura consacré, comme jamais, l’incertitude de ce début de siècle à laquelle aucune puissance n’échappe plus. La plus grande d’entre elles, d’abord, les Etats-Unis, a désormais tout d’un avion sans pilote. On aurait pu croire que la victoire des Démocrates, en novembre dernier, aux élections parlementaires de mi-mandat, allait infléchir la politique américaine ou esquisser, au moins, les tournants qui pourraient être pris à Washington, en 2009, lorsqu’un nouveau Président aura pris ses fonctions. Il n’en a rien été car le piège irakien est tel que les Démocrates n’arrivent pas à clairement opter pour un retrait d’Irak qui pourrait être aussi catastrophique, voire plus, qu’un maintien des troupes. Leur discours en est brouillé. C’est comme s’ils n’étaient pas devenus majoritaires au Congrès et, en face, à la Maison-Blanche, tandis que ses collaborateurs quittent le navire en masse, Georges Bush n’est plus qu’un Président en titre, sans politique, sans vision, ne sachant plus quoi faire et à peine capable d’expédier les affaires courantes alors que son pays est en guerre. Plus grave encore, personne ne saurait dire où le fiasco de l’aventure irakienne conduira demain les Etats-Unis – à un véritable partenariat avec l’Europe, à un nouvel isolationnisme ou à un long flottement. En Europe, la situation n’est pas meilleure. Projet de nouveau traité ou pas, la division de l’Union entre adversaires et partisans d’une intégration politique, si graduelle soit-elle, s’approfondit toujours plus. L’Europe ne parvient pas à parler d’une seule voix, elle n’est pas de plus en plus visible mais de moins en moins alors même que la France et la Grande-Bretagne sont, l’une et l’autre, en débuts de règne et n’ont pas encore trouvé leurs marques sur la scène internationale. La Russie, quant à elle, est en hésitation existentielle. Elle souhaite se réaffirmer, se réimposer dans ses marches et se retrouver des alliés en dehors du camp occidental. Sur le Kosovo, l’Iran, la Géorgie, l’Ukraine, sur l’affaire du système anti-missiles américain, bien sûr, elle s’inscrit en faux contre l’Amérique et l’Europe mais ne veut pourtant pas rompre avec elles parce que ses élites se sentent occidentales, que l’Asie l’inquiète et que, si la fracture avec l’Islam devait s’accentuer, la Russie se sentirait solidaire du monde atlantique. La politique russe est, tout à la fois, agressive et hésitante. Cela n’aide pas à y voir clair sur le monde d’aujourd’hui et un immense point d’interrogation se lève, enfin, sur la Chine car un tel géant économique ne peut plus ne pas avoir de politique étrangère. On le voit déjà en Afrique mais l’heure des choix arrive pour la Chine, puissance militaire montante, et les équilibres stratégiques pourraient en être beaucoup modifiés.

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