Elle fait la pluie et le beau temps en Europe. Consultée, crainte, incontournable, elle est au cœur de tous les grands sommets mais, en Allemagne, Angela Merkel n’est pas du tout la star qu’elle est à l’étranger. A Berlin, elle est en recul dans les sondages et tellement contestée jusque dans sa propre coalition que l’élection, demain, d’un nouveau chef de l’Etat allemand, d’un président de la République dont les fonctions sont, pourtant, essentiellement protocolaires, est devenue un test pour la chancelière. Son candidat, Christian Wulff, devrait normalement l’emporter puisque les démocrates-chrétiens et les libéraux qui gouvernent ensemble le pays disposent de 21 voix d’avance parmi les 1244 grands électeurs auxquels revient le choix mais beaucoup des amis politiques d’Angela Merkel ne détesteraient pas l’humilier en votant pour Joachim Gauck, le candidat soutenu par l’opposition. Pasteur et ancien dissident d’Allemagne de l’Est, cet orateur hors pair, visionnaire et sans affiliation partisane, séduit autant une partie de la droite que la gauche qui l’a mis en avant en faisant front derrière lui. Ami personnel d’Angela Merkel, c’est une personnalité singulière, admirée pour son courage et sa hauteur de vues, un homme qui l’emporterait haut la main au suffrage universel et pour lequel des grands électeurs de droite pourraient d’autant plus facilement voter que Christian Wulff est dénué de tout charisme. Le scrutin étant secret, le suspens est entier. Beaucoup prédisent déjà une défaite d’Angela Merkel qui atteindrait durement son autorité. Cette possibilité est en réalité moins grande qu’on ne le dit car la droite ne pourrait pas se permettre cette fronde sans risquer un tel affaiblissement de sa coalition que des élections anticipées pourraient vite devenir incontournables mais le fait est que la chancelière est à la merci d’une trahison et qu’il y a des raisons à cela. La plus profonde est qu’elle a choisi de s’allier aux libéraux, à des libéraux qui ont rompu avec leur tradition centriste pour devenir thatchériens, et que cette démocrate-chrétien s’entend mal avec eux. Ils voudraient baisser les impôts alors que sa priorité à elle est le rétablissement des comptes publics. Ils voudraient déréguler l’économie allemande et tourner le dos à la concertation sociale alors qu’elle aspire, à l’inverse, à soumettre les marchés au pouvoir politique et souhaite taxer les transactions financières internationales. Son gouvernement est une coalition des contraires. L’opinion n’aime pas la confusion qui en résulte et les élus libéraux comme les milieux d’affaires reprochent à la chancelière de leur faire barrage. Deuxième problème, Angela Merkel a fait preuve de beaucoup d’indécision depuis le début de l’année et autant mécontenté par ses prudences, ceux qui voudraient que l’Allemagne cesse de payer pour l’Europe que ceux qui voudraient qu’elle reste la locomotive d’un fédéralisme européen. Et puis dernier problème, non le moindre, l’appareil démocrate-chrétien ne pardonne toujours pas à cette femme surgie de RDA de s’être imposée à sa tête en éliminant tous ses barons. Angela Merkel est une femme seule, incroyablement solide mais isolée.

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