Ca y est, c’est parti. Avec l’officialisation de la candidature de Martine Aubry, la France vient d’entrer en campagne présidentielle. Tandis que Nicolas Sarkozy peaufinera une image d’homme désormais expérimenté et moins impulsif, les candidats socialistes à la candidature s’affronteront dans leur primaire avant que la grande bataille ne s’engage à l’automne.

La gauche ne peut pas se permettre de perdre alors que tout la porte. Le président sortant mettra tout son énergie, et elle est grande, à ne pas se faire refuser un second mandat. Comme toute présidentielle, le combat sera rude mais il différera des précédents pour trois raisons.

La première est que la gauche et la droite ne seront pas seules en lice. Elles ne l’ont jamais été, dira-t-on, puisqu’il y eut toujours d’autres forces pour contester leur hégémonie mais là, pour la première fois, on sait d’avance que la gauche de la gauche, la droite de la droite, les écologistes et les centres ne feront pas que profiter d’une tribune mais compteront vraiment. Pour la première fois, la droite et la gauche devront intégrer dans leur stratégie l’émergence de nouveaux courants à même de faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre et beaucoup de choses en seront changées, comme elles le sont déjà dans toute l’Europe avec le poids que les Verts ont pris en Allemagne, les nationalistes en Europe du Nord ou les régionalistes de la Ligue lombarde en Italie. Les échiquiers politiques européens sont en plein bouleversement et l’on verra dans cette campagne que la France n’échappe pas à cette règle car le 21ième siècle est trop neuf pour que les deux grands camps hérités du 19ième continuent à se partager seuls la scène politique.

La deuxième différence qui se fera sentir dans cette campagne est l’américanisation de la politique européenne. D’abord importées par l’Italie, les primaires acquièrent maintenant droit de cité en France et vont petit à petit s’imposer dans toute l’Europe parce que les idéologies dominantes au 20ième siècle se sont usées et que les deux grands camps qu’on nomme « démocrate » et « républicain » aux Etats-Unis ne peuvent plus se passer de faire départager leurs courants par leurs électeurs car ils n’ont plus d’identité unique permettant à leurs seuls militants de désigner leurs candidats.

Quant à la troisième différence, elle est qu’on ne peut plus aujourd’hui mener une campagne présidentielle en ignorant l’international. Peut-être les candidats seront-ils tentés de le faire mais ils commettraient alors l’erreur de sous-estimer des électeurs qui sont parfaitement au fait des réalités actuelles. L’avenir de la France ne se joue plus entre ses ministères et les budgets qui leur seront alloués. Il ne se joue plus à l’intérieur de ses frontières mais au-delà d’elles, sur deux terrains principaux. Le premier est l’Union européenne et la capacité qu’elle aura ou non de mutualiser nos moyens et mener des politiques communes afin de renforcer chacun de ses Etats en renforçant leur unité. Le second est évidemment ce monde arabe, notre voisin, qui s’est remis en mouvement et dont l’avenir déterminera le notre en permettant ou non de refaire de la Méditerranée, de ce lac intérieur, le cœur du monde.

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