La phase est critique mais pas forcément, pas déjà, désespérée. Elle est critique pour les Grecs qui se sont dangereusement rapprochés, depuis vendredi, d’une sortie de l’euro qui les condamnerait à revenir à leur monnaie nationale, la drachme, dont la valeur serait au moins deux fois moindre que celle de la monnaie unique alors qu’ils sont très lourdement endettés, importent l’essentiel de leurs besoins et n’auraient plus guère de possibilités d’emprunter.

Cette phase est également inquiétante pour la zone euro car, dès lors qu’un doute pèserait sur la solidarité de ses dix-huit autres pays, les taux d’intérêt pourraient sérieusement augmenter pour les plus fragiles d’entre eux mais on n’en est pas là, pas encore là.

On n’y est pas parce que l’état de cessation de paiement dans lequel la Grèce se trouvera demain soir ne sera que technique. Elle ne pourra pas rembourser l’argent qu’elle doit au FMI auprès duquel elle ne pourra plus emprunter mais ses avoirs ne seront pour autant pas saisis à travers le monde et cela laisse courir une semaine jusqu’au référendum de dimanche.

Une semaine, c’est long, très long, et les pays de l’eurozone vont la mettre à profit pour tenter de convaincre les électeurs grecs que leur intérêt est de conserver l’euro et certainement pas d’en sortir. Dès hier, ils se sont donc mis d’accord pour tous dire à la Grèce que son gouvernement a parfaitement le droit de la consulter ; qu’il n’y a pas là motif de rupture à leurs yeux et qu’ils sont, au contraire, prêts à reprendre les discussions aussitôt que le gouvernement Tsipras le voudra.

C’est le langage que devraient dès aujourd’hui tenir le président de la Commission, les dirigeants allemands et français et de bien d’autres capitales de l’euro. Ils vont insister sur le fait qu’ils sont ouverts à des négociations, dès l’automne, sur un « reprofilage » de la dette grecque - c’est le barbarisme en cours - pour peu qu’il y ait accord sur les questions budgétaires. Ils vont tout faire, en un mot, pour ramener la Grèce à la table des négociations là, maintenant, aussi vite que possible et tenter, une nouvelle fois, d’arriver à un compromis que les dirigeants grecs appelleraient alors à accepter dimanche et non pas refuser mais que se passerait-il si ces efforts étaient vains ?

On ne sait pas car personne ne sait ni ce que serait la flexibilité ultérieure du gouvernement grec si le rejet des propositions européennes l’emportait ni ce que serait son attitude s’il était désavoué par le suffrage populaire, ce qui reste une possibilité puisque la majorité des Grecs veut rester dans l’euro et que la fermeture des banques n’a rien pour les rassurer.

On ne sait pas et la seule certitude est que si le « non » l’emportait à Athènes, il serait plus qu’urgent d’accroître la crédibilité de la zone euro en accélérant son unification politique.

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