Où l'on voit l'intérêt et les risques de l'invitation de Donald Trump au défilé du 14-Juillet

Ce n’est pas tout à fait sans raison. Il y a une raison historique à cette présence de Donald Trump aux cérémonies du 14-Juillet puisqu’on commémore, cette année, le centenaire de l’entrée en guerre des Etats-Unis, aux côtés de la France, dans le premier conflit mondial.

Sans cet engagement des Américains, la France aurait pu connaître une défaite aussi cruelle que le fut celle des Allemands. Cette année-là, une amitié remontant à la révolution américaine s’était si bien scellée qu’elle ne s’est jamais rompue depuis. Ce n’était pas une date à passer sous silence car cette amitié demeure fondamentale mais tout de même…

Donald Trump, l’homme des tweets compulsifs et du retrait de leur couverture médicale aux plus modestes des Américains, des déclarations admiratives sur Vladimir Poutine et du mur à la frontière mexicaine, de la sortie de l’accord sur le réchauffement climatique et de l’interdiction d’entrée aux Etats-Unis pour les ressortissants de pays musulmans, cet homme-là invité par le président de la République à saluer, à ses côtés, le défilé des troupes françaises, eh bien oui, Histoire ou pas, on a du mal.

Cette invitation est en tout cas une faute de goût mais est-ce, pour autant, une erreur?

Difficile à dire car, cyniquement parlant, il y a là beaucoup d’habileté.

En termes boursiers, cela s’appelle acheter à la baisse. Donald Trump est en difficultés sur tous les fronts intérieurs. Il n’a toujours pas de politique étrangère. Il n’est pas même sûr de pouvoir finir son mandat et le président de la République lui tend la main et le traite avec tous les égards dus à son rang tout en exprimant ses désaccords avec lui.

Il s’en fait, en clair, un obligé et, ce faisant, au moment où la Grande-Bretagne s’embourbe dans son Brexit, il promeut la France en interlocuteur privilégié des Etats-Unis et se donne, surtout, la possibilité de faire valoir quelques arguments de bon sens à son invité et de tenter de s’en faire ainsi un partenaire de poids sur certains des grands dossiers internationaux.

Si Emmanuel Macron y parvenait, beaucoup de gens dans beaucoup de capitales lui en seraient reconnaissants, d’abord à Washington, et il n’est pas dit qu’il n’y parvienne pas tant Donald Trump a besoin d’aide.

Sur la Syrie, les deux hommes se sont déjà mis d’accord pour sanctionner militairement tout nouvel emploi d’armes chimiques par Bachar al-Assad. Cela remet la France au cœur du Proche-Orient et conforte sa position dans la tentative de relance de ses relations avec la Russie. Cela pourrait bientôt refaire d’une France en dialogue exigeant avec Washington et Moscou le leader politique de l’Union Européenne.

Une erreur, non, cette invitation n’en est pas une mais l’habileté n’est pas toujours bonne conseillère car les images comptent en politique. Emmanuel Macron et Donald Trump à la même tribune devant un défilé auquel participera l’Armée de l’air américaine, c’est un coup de poker qui peut rapporter aussi gros que coûter cher.

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