Preuve est faite que le nationalisme ne permet rien en Europe, que personne ne joue l'éclatement de l'Union et que c'est désormais la France qui négocie les compromis européens

Le tout ou rien, ça ne se fait pas du tout dans un sommet européen. Parce qu’il faut arriver à concilier les exigences de nombreux pays très divers, c’est le compromis permanent qui est, au contraire, le fondement même de la culture européenne. 

         L’inconvénient est que l’unité ne progresse ainsi que lentement et, souvent, à coup de décisions illisibles mais l’avantage de cet inconvénient est qu’il permet de tout de même avancer au lieu de s’enferrer dans des blocages sans fin et c’est pour cela que l’Italie a provoqué cette nuit la stupeur au Conseil européen. 

         Les 28 chefs d’Etat et de gouvernements s’étaient mis d’accord sur les questions de Défense et de commerce – réprobation du protectionnisme américain et avancées en matière de Défense commune. Au demeurant fondamentales, ces convergences allaient être entérinées à l’unanimité requise mais, non, patatras ! 

         « Non », dit l’Italie, en expliquant qu’elle ne signerait rien et bloquerait tout tant qu’on ne se serait pas également mis d’accord sur les questions migratoires. Alors là, tout le monde est tombé sur les Italiens, à bras raccourcis, car on ne peut pas – n’est-ce pas ? – travailler avec de tels jusqu’au-boutistes mais, sur le fond, que se passait-il, que s’est-il passé au bout du compte et quelles conclusions en tirer ? 

         Il se passait que l’Italie voulait obtenir de ses partenaires qu’ils s’engagent à se répartir les réfugiés éligibles au droit d’asile au lieu de la laisser continuer à les prendre tous en charge ou presque au motif que c’est essentiellement par ses côtes qu’ils arrivent en Europe. 

De cela, les pays d’Europe centrale ne voulaient à aucun prix alors qu’ils sont, pourtant, dirigés par d’autres nationalistes théoriquement amis des nationalistes maintenant aux commandes à Rome. La France a pris les choses en mains et l’on est arrivé, au petit jour, ce matin, à un compromis, toujours un compromis, fondé sur trois grands points. 

Le premier est qu’il y aura bel et bien répartition des réfugiés politiques mais sur une base volontaire. Le deuxième est que, sur la base du volontariat toujours, des pays européens créeront des centres d’accueil ou sera faite la différence entre migrants économiques, expulsables de l’Union, et réfugiés ayant droit à l’asile. Quant au troisième point, c’est le renforcement de la surveillance commune des frontières européennes.

Pour ce qui est maintenant des conclusions à tirer de cette longue nuit, elles sont également triples. La première est que le nationalisme ne permet rien d’autre que l’exacerbation des divergences au sein de l’Union et n’apporte aucune solution. La deuxième est que personne ne veut jouer l’éclatement de l’unité européenne qui l’a au contraire emporté cette nuit et la troisième est que c’est désormais la France qui est au cœur des compromis européens.  

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