Le candidat centriste Rafal Trzaskowski, maire de Varsovie, a réussi à mettre en échec le Président conservateur qui pensait être élu au premier tour. Le second tour prend des allures de guerre culturelle entre deux Pologne.

Le maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski, célèbre son succès dimanche soir, qui contraint le président sortant Andrzej Duda à un second tour.
Le maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski, célèbre son succès dimanche soir, qui contraint le président sortant Andrzej Duda à un second tour. © AFP / JANEK SKARZYNSKI / AFP

Il y aura bien un second tour à l’élection présidentielle polonaise qui se déroulait hier. Et c’est en soit une petite révolution, qui casse l’emprise du parti ultra-conservateur Droit et Justice, le PIS, sur la vie politique du pays ; un séisme politique en Pologne, mais aussi aux répercussions pour toute l’Europe.

Le Président sortant, Andrzej Duda, espérait bien passer au premier tour, et ça semblait possible à la date initialement prévue du scrutin, le 10 mai. Mais le coronavirus a contraint les autorités à retarder le vote, et plus rien n’a fonctionné comme prévu pour le parti au pouvoir.

L’opposition centriste a changé de candidat, mettant en avant le jeune maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski, qui n’a cessé de grimper, au point de menacer Andrzej Duda au premier, mais aussi au second tour qui sera âprement disputé.

La campagne a pris des allures de guerre culturelle, et générationnelle, entre deux Pologne : l’une conservatrice et catholique ; l’autre, pro-européenne, plus libérale et urbaine. S’y ajoutent une gestion contestée du coronavirus, et les difficultés économiques dues à la pandémie.

Le Parti au pouvoir a cru qu’en accentuant ces clivages sociétaux, en appelant au raçines conservatrices et rurales du pays, il parviendrait à diaboliser le principal candidat de l’opposition. Le terrain d’affrontement ? les droits des homosexuels, sujet toujours brûlant, mais pas autant qu’imaginait le PIS.

Le Président sortant a lancé une attaque cinglante contre ce qu’il a appelé « l’idéologique LGBT », qualifiée de « néo-bolchevique », « encore plus dangereuse que l’idéologie communiste ». 

Ce langage homophobe aux accents populistes « trumpiens » a eu un effet négatif, au lieu d’affaiblir Rafal Trzaskowski, premier maire de Varsovie à avoir participé à la Gay Pride dans sa ville. Le candidat libéral n’en a été que plus à l’aise pour promouvoir une Pologne « normale », c’est-à-dire apaisée.

La course est ouverte pour le second tour, car il y avait onze candidats en lice, et, s’il a plus dix points de retard sur le Président sortant, Rafal Trzaskowski a plus de réserve de voix que son rival. 

La bataille du second tour, prévu le 12 juillet, sera donc sans concessions, car si un libéral est élu Président, dans une sorte de « cohabitation à la française » en Pologne, c’est tout le programme du PIS qui sera à la merci du droit de véto présidentiel. Et en particulier la mise en coupe réglée des institutions qui place la Pologne en porte-à-faux avec l’Union européenne.

Ce scrutin est désormais présenté comme le plus important en Pologne depuis les premières élections libres de 1989, celles d’un choix décisif entre deux directions diamétralement opposées. 

Inutile de dire qu’une bonne partie de l’Europe espère que les électeurs feront le choix de l’ouverture ; car la Pologne, par sa taille et son économie, a toute sa place parmi les États qui font avancer l’Union, plutôt que de se replier sur elle-même.

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