C’est fait. Hier, à Rome, la Russie est officiellement devenue le partenaire privilégié de l’Otan, membre avec les dix-neuf pays de l’Alliance atlantique d’un « Conseil Otan-Russie » au sein duquel ces ennemis réconciliés, ces nouveaux amis, veulent établir un « consensus » sur la sécurité internationale, autrement dit une alliance. « Fin de la Guerre froide », « enterrement d’une époque », a-t-on donc répété hier à satiété mais la vérité est tout autre. La Guerre froide s’est achevée il y a treize ans lorsque le Mur de Berlin est tombé. C’est alors que s’ouvrait une nouvelle ère. C’est alors que tous les espoirs semblaient permis et la création de ce Conseil signe en fait un double échec, des Occidentaux et de la Russie. Ce n’est pas en partenaire égal, pas même en allié de poids, que les Russes rejoignent aujourd’hui l’Otan. Ils n’y auront qu’un strapontin, le droit d’approuver ce que d’autres décideront, une voix consultative mais pas décisionnelle pour la bonne raison qu’ils ne pèsent plus. Il y a treize ans, ils espéraient encore sauver leur pays de l’écroulement du communisme mais l’Occident n’a pas fait un geste pour les aider à en sortir, les a laissé s’enfoncer dans la faillite et ce n’est que l’URSS défaite, éclatée, que la Russie convertie de force aux thérapies de choc libérales, que les crédits et les encouragements sont venus. L’Etat s’est écroulé. Au nom des privatisations, les gestionnaires de la propriété publique se la sont appropriée. Le vol a triomphé et quand le naufrage fut total, les Russes se sont tournés vers un ancien officier du KGB, Vladimir Poutine, qui déguise mal, sous cet accord avec l’Otan, le forfait russe devant l’envol de la puissance militaire américaine. Pour les Russes, la nouvelle ère est plutôt grise mais, pour les Occidentaux, le bilan n’est guère plus brillant. Au lieu d’aider la Russie à rejoindre le camp des démocraties, ils l’ont tant et si bien dégoûtée de la liberté qu’elle se satisfait d’un Président qui se reconstitue un parti unique, referme la parenthèse de la presse libre et place ses amis de l’ancien KGB dans tous les rouages du pouvoir. Les démocraties ont raté l’occasion d’étendre la démocratie au plus grand des pays du monde. Elles n’ont pas su défendre leurs valeurs, renforcer leurs rangs et l’on a bien vu, le 11 septembre dernier, tragiquement vu, qu’elles n’avaient pas non plus su jeter les bases d’un nouvel ordre international, ouvrir un horizon, tracer une direction, donner espoir et foi dans la liberté aux peuples végétant dans la misère et les dictatures. C’est ainsi les nationalismes et le fanatisme qui ont prospéré sur la fin du communisme et, devant ces nouveaux dangers, l’Amérique ne sait que déclarer la guerre au terrorisme, serrer les rangs avec des dictatures, fermer les yeux sur leurs agissements - oublier à l’occasion ses propres principes comme le déplorait, hier, Amnesty International. Les démocraties oublient que ce n’est pas par la force mais par l’exemple et la contagion démocratique qu’elles avaient vaincu le communisme. Si une nouvelle ère s’est ouverte hier, elle est inquiétante, instable et trouble.

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