L’Iran voue l’Amérique aux gémonies. L’Amérique travaille, elle, à étrangler l’économie iranienne en ajoutant ses propres sanctions à celles de l’Onu mais les ambassadeurs à Bagdad de ces deux pays aux prises n’en ont pas moins jugé « positives » les quatre heures d’entretiens qu’ils ont eu, hier, dans les bureaux du Premier ministre irakien. C’était la première fois depuis 27 ans, depuis la rupture de leurs relations diplomatiques, que l’Iran et les Etats-Unis se résolvaient a des discussions officielles et la raison en est claire. C’est l’Irak où, paradoxalement, leurs intérêts convergent. Ils y ont besoin l’un de l’autre, besoin d’un Irak « démocratique, stable, sûr et fédéral », ont déclaré les deux ambassadeurs qui, non, ne se payaient pas de mots. Pour les Etats-Unis, cette stabilisation démocratique d’un Irak fédéral est la condition sine qua non d’un retrait sans déshonneur. Ils veulent pouvoir rappeler leurs troupes, au plus tôt, parce que les deux tiers de leurs électeurs le demandent et que les Républicains aimeraient encore éviter une défaite trop cinglante en 2008. Ils voudraient pouvoir le faire en décrétant leur mission accomplie plutôt qu’en prenant la fuite et laissant le chaos derrière eux et ne peuvent pas y parvenir tant que les Iraniens n’inciteront pas les chiites irakiens, leurs coreligionnaires, à un minimum d’ouverture envers les sunnites. Quant aux Iraniens, ils veulent que les Américains se retirent le plus vite possible pour ne plus avoir leurs armées à leurs frontières mais qu’ils ne le fassent qu’après avoir assuré le maintien de l’unité irakienne car l’Iran préfère étendre son influence dans un Etat virtuellement puissant qu’hériter de sa balkanisation. Un ancrage démocratique de l’Irak serait à la fois le succès de l’Amérique et la garantie, pour l’Iran, que son gouvernement resterait aux mains de la majorité chiite. La fédéralisation, donc le partage des revenus pétroliers, promettraient à Washington et Téhéran l’acceptation d’une stabilisation par les sunnites. La convergence d’intérêts irano-américaine n’est pas là que réelle. Elle est profonde mais elle est encore loin de se concrétiser dans un véritable accord qui ne pourrait être que régional et pas seulement irakien. Les Iraniens aspirent à être reconnus par l’Amérique pour ce qu’ils sont déjà : la première puissance du Proche-Orient. Ils rêvent d’un accord stratégique avec les Etats-Unis qui, eux, ne veulent pas accepter leur émergence tant qu’ils n’auront pas renoncé à se doter de l’arme atomique et à attiser le feu en Israël et au Liban. Tout se tient. Rien ne sera facile et rien n’est joué mais, outre que cette rencontre s’est aussi bien passée que possible, l’Iran joue l’apaisement dans l’actuelle crise libanaise. Il l’a fait savoir à la France et voudrait jouer avec elle les conciliateurs à Beyrouth. C’est un message, pour l’Amérique.

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