Non, c’est dit, il ne se retirera pas. Sitôt après que son ministre de la Défense, Ehud Barak, le chef de file des Travaillistes, l’a appelé à démissionner ou suspendre ses activités en raison des accusations de corruption pesant contre lui, le Premier ministre israélien s’est fait dire « déterminé à rester à la tête du gouvernement ». Ehud Olmert entend, pour l'heure, s’accrocher au pouvoir et c’est une crise politique de première ampleur qui s’est ouverte, hier, en Israël. L’audition, d’abord, de l’homme d’affaires américain qui avait remis, depuis de longues années, des enveloppes de cash à Ehud Olmert a beaucoup aggravé son cas. On avait compris que cet argent avait servi au financement de campagnes électorales. Il semble bien, maintenant, qu’il ait également servi aux menues dépenses d’Ehud Olmert et, notamment, à des vacances italiennes. Si illégal qu’il ait été, le financement politique était une chose. Le profit personnel en est une autre. Quatre-vingt deux pour cent des Israéliens souhaitent qu’Ehud Olmert démissionne ou se mette en disponibilité le temps de l’enquête. Le discrédit moral du Premier ministre, chef du parti centriste Kadima, est désormais si total – deuxième problème – que le Parti travailliste, l’autre pilier de la coalition gouvernementale, ne veut pas couler avec lui. C’est pour cela qu’Ehud Barak lui a lancé cette mise en demeure. Non seulement les jours de ce gouvernement sont comptés mais l’affaire risque de durer et de paralyser tout le pays. Il y a deux raisons pour lesquelles la gauche n’a pas, déjà, rompu la coalition et provoqué des élections anticipées. La première est qu’Ehud Olmert pourrait parfaitement céder la place, fut-ce provisoirement, le temps d’être éventuellement innocenté, à une autre personnalité du parti centriste. La ministre des Affaires étrangères, la très populaire Tzipi Livni, ferait parfaitement l’affaire. Haïm Ramon, le vice-Premier ministre, un ancien travailliste rallié au centre, serait tout aussi qualifié. Avec l’une ou l’autre de ces figures politique, la coalition pourrait repartir d’un nouveau pied et c’est évidemment ce qu’espère la gauche car – seconde raison de sa retenue – les sondages donnent la droite gagnante en cas de nouvelles élections. Si la coalition se survivait sans Ehud Olmert, s’il s’effaçait devant l’intérêt national, rien ne serait changé aux pourparlers de paix en cours, depuis septembre, avec les Palestiniens et, depuis une semaine, avec les Syriens. Si la coalition, en revanche, finit par se rompre et que la droite, le Likoud, remporte les élections sous la conduite de Benjamin Netanyahu, tout change. Contrairement à l’actuel gouvernement, la droite ne veut pas rendre le Golan aux Syriens car elle le considère comme militairement stratégique. Elle n’est pas non plus prête à faire les mêmes concessions aux Palestiniens, sur Jérusalem en particulier. Si Ehud Olmert s’obstine, les quelques progrès faits ces derniers mois sont durablement remis en cause.

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