Ségolène Royal a brisé un tabou et, sans doute, heureusement. En parlant, avant-hier, des « Etats-Unis d’Europe » comme de l’objectif ultime du processus d’unification européenne, elle a, d’un coup, redonné une clarté à cette entreprise si complexe qu’elle en est devenue obscure à tant d’Européens. De crainte de passer pour de doux rêveurs, romantiques, utopistes, ignorant des réalités politiques, même les plus déterminés des partisans de l’unité de l’Europe n’osaient plus employer l’expression de Victor Hugo. On ne peut pas, disait-on, ce serait briser net un consensus qui ne sortirait de l’ambiguïté qu’à son détriment, ce serait rompre avec la Grande-Bretagne, effaroucher les Polonais, déclarer la guerre à tous les souverainistes de tous les pays membres, susciter de nouvelles querelles bien plus violentes encore que celle du traité constitutionnel. Oui, c’est vrai. A agiter le chiffon rouge que les Etats-Unis d’Europe sont pour tant de gens, on ferait tanguer le navire européen mais que vaut-il mieux ? Ouvrir le débat, cartes sur tables, ou rester dans la confusion actuelle, dans cet entre-deux si pernicieux où l’Union européenne a déjà tellement des attributs d’un Etat fédéral mais pas la vie politique, la démocratie, les politiques et le gouvernement communs que demanderait cette Union qui ne pourra pas éternellement rester au milieu du gué ? Tout le monde ne répondra pas de la même manière. Sans doute, les avocats de l’utopie créatrice resteront-ils minoritaires un temps, peut-être long, mais cette formulation si parlante aurait, au moins l’avantage de faire voir et préciser les deux projets qui s’opposent depuis plus d’un demi-siècle, depuis le premier des traités européens. Les uns acceptent – comment la refuser ? – l’idée de l’unité mais strictement limitée à la création d’un marché, d’une Union commerciale et monétaire n’empiétant pas sur les prérogatives des Etats. Ils sont de gauche ou de droite tandis que les autres, de droite ou de gauche également, veulent un Etat commun, oui, un Etat européen, avec un Premier ministre procédant d’une majorité parlementaire ou un président élu au suffrage universel – c’est un autre débat, plus secondaire – mais un exécutif commun procédant, dans les deux cas, du suffrage universel paneuropéen. A tant vouloir concilier ces deux visions si diamétralement opposées, on a fini par avancer comme le voyageur égaré qui ne sait plus où ses pas le mènent, à avancer pour avancer, et les Européens ne suivent plus comme le taux d’abstention ne le montrera que trop bien dans dix jours. Il faut que ça bouge et il ne serait pas mauvais, bien au contraire, que les souverainistes, d’un côté, disent comment concilier le marché et la monnaie uniques avec une absence de gouvernement européen et que les partisans des Etats-Unis d’Europe, de l’autre, plaident leur dossier en rappelant que des Etats unis, même ceux d’Amérique, conservent leurs institutions, leurs dirigeants, leurs propres mais n’en constituent pas moins un Etat mettant leurs forces en commun.

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