La Syrie n’est plus qu’un bain de sang. Vendredi, c’est plus de 100 personnes dont des dizaines d’enfants qui avaient été tuées à Houla dans ce que l’Onu décrit comme « des bombardements par des chars et l’artillerie gouvernementale contre un quartier résidentiel ». Dimanche, c’était 87 morts. Lundi, c’était 64. Aujourd’hui, on ne sait pas encore mais il ne se passe plus un jour sans que le sang ne coule à flots dans ce pays et le monde s’accroche à une fiction.

Inlassablement, les grandes capitales répètent leur attachement au plan de paix qu’elles ont parrainé, à ce plan que leur médiateur, l’ancien secrétaire-général de l’Onu Kofi Annan, a mis au point et qui prévoyait l’instauration d’une trêve et l’ouverture d’un dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition. Le bilan de la trêve est de 1800 morts depuis le 12 avril, date de sa proclamation. Aucun dialogue ne s’est évidemment ouvert. Ce plan n’est plus qu’une sinistre farce mais alors pourquoi le monde ne tente-t-il rien d’autre ?

Difficile à formuler, la réponse est qu’il n’y a plus de solution à ce drame. Si Bachar al Assad et son régime d’assassins étaient tombés au printemps dernier, si une nouvelle page avait alors pu s’ouvrir en Syrie, ce pays serait en train de se reconstruire. Dans les difficultés et l’incertitude des transitions arabes et de toute transition, il se chercherait aujourd’hui comme l’Egypte, la Libye, le Yémen et la Tunisie mais la Chine et la Russie ont accordé leur protection au pouvoir syrien qui s’est donc senti libre de tuer pour se survivre. Après avoir massacré 13 000 personnes en 14 mois, Bachar al Assad ne peut plus reculer. Les désertions se sont si bien multipliées dans l’armée qu’une armée de libération se bat maintenant, comme elle peut, contre celle du régime.

Une guerre civile a succédé aux manifestations pacifiques des premiers mois. Les minorités syriennes, kurdes, alaouites et chrétiennes, craignent désormais que la majorité sunnite ne se venge si elle arrivait au pouvoir. Les monarchies sunnites jouent la chute du régime dans l’espoir d’isoler l’Iran dont il est l’allié. L’Iran tente de les contrer en finançant et armant le pouvoir syrien. Des débris d’al Qaëda essaient de se reconstituer en Syrie. Non seulement cette crise est devenue inextricable mais elle s’étend toujours plus au Liban limitrophe et plus aucune puissance ne sait quoi faire.

Par peur d’une contagion démocratique qui avait effectivement atteint la Russie, Vladimir Poutine s’était rangé aux côtés d’Assad mais il voit bien aujourd’hui que son protégé ne reprendra pas la main puisque la révolte syrienne ne faiblit pas. Les Occidentaux ont moins que jamais envie d’intervenir car cela ne ferait que précipiter un conflit régional dans lequel ils ne veulent pas se laisser entrainer. Le dernier espoir des Etats-Unis est de tenter de convaincre la Russie de tenter de convaincre Assad de se retirer par étapes.

Oui… Il faut évidemment tout tenter mais là, pour l’heure au moins, il n’y a plus de lumière au bout du tunnel. Ce drame est l’histoire d’un fiasco contagieux qui n’a pas fini de tuer et, dans le seul but de masquer son impuissance, le monde va répétant : « Plan Annan ! Plan Annan ! ».

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