Lapidaire, le diagnostic du ministre russe des Affaires étrangères est malheureusement incontestable. « Ce n’est pas une mince affaire », a-t-il dit, de l’organisation de cette conférence de paix sur la Syrie que les Etats-Unis et son pays voudraient réunir dès le mois prochain et ce l’est même si peu qu’il n’est pas du tout certain qu’elle puisse s’ouvrir.

Il faut évidemment le souhaiter mais son objectif lui-même n’est pas clair car il n’y pas d’accord sur le fait qu’elle devrait déboucher sur une mise à l’écart de Bachar al-Assad qui conserverait son poste jusqu’à de nouvelles élections sous contrôle international mais devrait céder ses pouvoirs à un exécutif provisoire représentant toutes les parties en conflit. Cela, c’est ce que veulent les Occidentaux, les pays arabes, la Turquie et l’insurrection, mais on ignore si c’est aussi la position de la Russie et ce n’est ni celle de l’Iran ni celle de Damas.

Deuxième problème, l’insurrection récuse plusieurs des représentants que le pouvoir syrien voudrait envoyer à cette conférence et, plus grave encore, elle ne parvient pas à se mettre d’accord sur la composition de sa propre délégation car elle est profondément divisée entre ses différents courants et se méfie de ce que Russes et Américains pourraient vouloir lui imposer.

Troisième problème, alors que la Russie voudrait que l’Iran prenne part à ce « Genève 2 » car l'Iran est un acteur du conflit, les Etats-Unis ne sont pas du tout chauds et la France y est carrément opposée… pour la même raison, parce que l’Iran est un allié du régime syrien auquel il apporte un soutien militaire décisif.

Et puis il y a la question des livraisons d’armes. L’Union européenne vient de décider que ceux de ses Etats qui le voudraient pourraient armer l’insurrection si la conférence de paix ne débouchait sur rien ou ne se tenait pas. Pour Paris, Londres et Washington, c'est un moyen de pression sur Damas. Le régime syrien dénonce, lui, cette décision comme un « obstacle » à la paix et la Russie, de son côté, s’obstine à vouloir livrer, sans conditions ni délai, des missiles sol-air à Damas afin de dissuader, dit-elle, toute intervention d’une aviation étrangère, européenne ou américaine. Mieux encore, les Israéliens ont d’ores et déjà prévenu qu‘ils détruiraient ces missiles russes avant que Damas n’ai pu les déployer et, s’il est bientôt prouvé que le pouvoir syrien a bel et bien utilisé des armes chimiques, on voit mal cette conférences s’ouvrir avec ses représentants.

L’affaire n’est effectivement « pas mince » mais admettons, pourtant, que cette conférence puisse malgré tout s’ouvrir, c’est possible, et admettons qu’elle débouche sur un cessez-le-feu et l’organisation d’élections libres. Est-ce que cela signifierait, pour autant, que l’unité de la Syrie pourrait alors se refaire ?

Probablement pas, presque certainement pas, puisqu’un cessez-le-feu figerait aujourd’hui la partition de fait de ce pays entre les zones conservées par le pouvoir et celles que contrôle l’insurrection. Sunnites d’un côté, alaouites de l’autre, chacun restera à l’abri de ses forces et comme la communauté alaouite, celle dont est issu le clan Assad, ne représente que 12% de la population et ne peut pas remporter des élections libres, l’éclatement de la Syrie, un prélude à la balkanisation du Proche-Orient, semble dès maintenant irrémédiable.

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