Où l'on voit pourquoi les présidents russe et français ont tous deux intérêt à ce que leur rendez-vous se passe bien.

Emmanuel Macron a rencontré aujourd'hui le président russe Vladimir Poutine au Château de Versailles
Emmanuel Macron a rencontré aujourd'hui le président russe Vladimir Poutine au Château de Versailles © Reuters

C’est un homme préoccupé qu’Emmanuel Macron reçoit aujourd’hui à Versailles.

Sur sa scène intérieure, rien ne menace Vladimir Poutine. Des mystérieuses disparitions d’opposants aux lois liberticides, le président russe est tranquille sur ce front-là mais il n’en va pas de même pour lui sur la scène internationale.

Poutine et Trump

Donald Trump, l’homme sur lequel il avait tant tablé et qu’il avait tant contribué à faire élire, est désormais contraint de hausser le ton contre la Russie pour mieux démentir les accusations de liens entre le Kremlin et son équipe de campagne. Vladimir Poutine n’aura ainsi pas de liens privilégiés avec la Maison-Blanche et, parallèlement, il s’embourbe en Ukraine et en Syrie.

Poutine et l'Ukraine

En Ukraine, l’annexion de la Crimée lui coûte cher parce qu’elle lui a valu des sanctions économiques occidentales qui pèsent sur l'économie et parce qu’il lui faut aussi investir dans cette péninsule sous peine que ses habitants ne se retournent un jour contre Moscou.

En Ukraine encore, Vladimir Poutine ne sait plus trop quoi faire des provinces orientales de ce pays puisqu’il ne peut pas les annexer sans provoquer un tollé international, que la tentative de sécession qu’il y finance marque le pas et qu’il ne peut pas abandonner cette partie qu'il a lui-même ouverte sans signer une dommageable défaite.

Poutine et Bachar al-Assad

En Ukraine, il faut une issue à Vladimir Poutine et le problème est le même pour lui en Syrie car maintenant qu’il a sauvé la mise à Bachar al-Assad, il est devenu son otage.

Il ne peut pas se retourner contre lui sans paraître inconséquent et s’engager dans une complète aventure.

Il ne peut pas non plus lui tordre le bras pour lui faire accepter un compromis avec l’insurrection car le boucher de Damas a le soutien de l’Iran.

Vladimir Poutine doit, autrement dit, prendre son parti de l’intransigeance de son protégé alors que le seul moyen qu’il aurait de se sortir de cette affaire à son avantage serait, ou aurait été, de devenir le faiseur de paix de cette crise.

Poutine et l'Union Européenne

L’horizon international du président russe, en un mot, s’assombrit et il aurait bien besoin, dans ces conditions, de pouvoir raccrocher les wagons avec l’Union européenne afin d’élargir son jeu et de ne pas injurier l’avenir.

Vladimir Poutine est demandeur et l’élection d’Emmanuel Macron lui permet donc de se tourner vers la France sans aller à Canossa, c’est-à-dire sans se dédire.

Ca peut marcher ni d’un coup ni facilement mais avec le jeune président qui le reçoit à Versailles, il n’y a ni passif ni contentieux, rien d'irrémédiable et seulement une relation à construire. Ils vont faire connaissance et chercher ensemble les moyens d’amorcer des solutions en Ukraine et en Syrie et de détendre, par là, les relations entre l’Union européenne et la Fédération de Russie.

C’est leur intérêt à tous les deux puisque l’un a besoin d’une nouvelle donne et que l’autre se grandirait et grandirait la France à en être l’artisan. Sans rien de spectaculaire pour l’instant, cela devrait bien se passer à Versailles, tout a fait correctement au moins, et cela sans qu’Emmanuel Macron n’ait à mâcher ses mots, en tout cas pas en privé.

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