Liviu Dragnea, le tout puissant chef du Parti social-démocrate roumain, et Président de l’Assemblée nationale, est en prison depuis lundi, après une décision de la Cour suprême roumaine. Une victoire de l’état de droit menacé dans ce pays de l’Union européenne.

Manifestants formant le mot « Mafia » lors d’une des manifestations anti-corruption qu’a connu la Roumanie ces dernières années. Ici devant le siège du Parti social-démocrate au pouvoir en 2018.
Manifestants formant le mot « Mafia » lors d’une des manifestations anti-corruption qu’a connu la Roumanie ces dernières années. Ici devant le siège du Parti social-démocrate au pouvoir en 2018. © AFP / Andrei PUNGOVSCHI / AFP

Au cœur des inquiétudes sur les dérives « illibérales » de plusieurs pays d’Europe centrale et orientale, figure l’indépendance de la justice, remise en cause par ceux qui veulent affaiblir les contre-pouvoirs. Parfois, ces pays résistent et gagnent, montrant qu’il n’y a rien d’inexorable dans l’affaiblissement de la démocratie.

La Roumanie nous en donne un exemple éclatant, puisque, depuis lundi, Liviu Dragnea, le tout puissant chef du Parti social-démocrate roumain, et Président de l’Assemblée nationale, est en prison. Il a commencé à purger une peine de trois ans et demi après la décision de la Cour Suprême de confirmer sa condamnation.

Des cris de joie dans les rues de Bucarest ont accueilli la nouvelle, tant les Roumains étaient persuadés que Liviu Dragnea parviendrait éternellement à échapper à la prison. Il risque d’y passer quelques années, car s’il y est cette fois pour des emplois fictifs, il a d’autres affaires qui l’attendent, dont une, plus grave, de détournement de fonds publics, suite à une enquête de l’Office européen de lutte anti-fraude.

La décision de la Cour suprême est intervenue au lendemain d’un double vote en Roumanie : d’une part les Européennes, comme ailleurs, qui ont été un désaveu pour le Parti social-démocrate qui a chuté de treize points. 

Mais il y avait un autre vote en Roumanie dimanche, un référendum à l’initiative du Président roumain Klaus Iohannis, destiné à contrer les initiatives du gouvernement visant à affaiblir la lutte anti-corruption. 80% des votants ont soutenu le Président contre le gouvernement, dans cette cohabitation roumaine tendue.

Ce que montrent ces événements, c’est que la résistance interne, avec des manifestations massives contre la corruption, et les pressions de l’Europe, ont permis de sauver l’état de droit. La Roumanie pouvait sembler, il y a quelques temps encore, un cas désespéré, mis en coupe réglée par un parti politique se réclamant de la social-démocratie, mais tendance mafieuse. Liviu Dragnea se croyait plus fort que les lois et la justice ; il a perdu.

L’Europe a Incontestablement joué un rôle dans cette affaire. La Commission européenne avait émis de sérieuses mises en garde au gouvernement roumain sur ses projets visant à entraver la lutte anticorruption, et à garantir l’impunité de ses dirigeants, en particulier Liviu Dragnea. Rappelons aussi que la Roumanie assure actuellement la Présidence tournante de l’Union, et que son image entachée par les affaires était une source d’embarras.

Le Président roumain a d’ailleurs déclaré : « C’est la Roumanie européenne qui sort gagnante de ce référendum. Maintenant nous vivons dans un pays où les voleurs sont derrière les barreaux et non à la tête de l’État ».

Cette affaire aura sans doute pour conséquences de faire perdre le pouvoir à ce parti sur lequel le groupe social-démocrate au Parlement européen a trop longtemps fermé les yeux. Qui a dit qu’il ne pouvait pas y avoir de morale en politique ?

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