Comment faire face à la Chine lorsqu’elle bafoue ses engagements internationaux ? La réponse n’est pas simple, s’agissant de la deuxième puissance économique mondiale.

Manifestations à Hong Kong contre la loi chinoise sur la sécurité nationale adoptée par le Parlement chinois à Pékin. Les manifestants pro-démocratie demandent l’aide de l’Occident.
Manifestations à Hong Kong contre la loi chinoise sur la sécurité nationale adoptée par le Parlement chinois à Pékin. Les manifestants pro-démocratie demandent l’aide de l’Occident. © AFP / EyePress via AFP

La Chine a pris un risque calculé en faisant adopter, à Pékin, la loi sur la sécurité nationale pour le territoire autonome de Hong Kong. Elle savait que, dans le contexte de tension croissante avec les États-Unis, elle s’attirerait les foudres de l’administration Trump. C’est ce qui s’est passé.

Mais elle sait aussi que le monde occidental est relativement impuissant pour s’opposer à la mainmise de Pékin sur son territoire de Hong Kong, 

Cette ancienne colonie britannique est revenue dans le giron de Pékin en 1997, avec la promesse, contenue dans un Traité international, de garantir son autonomie pendant 50 ans. C’est cette autonomie qui est aujourd’hui bafouée par cette loi qui autorisera les services de sécurité chinois à opérer contre les manifestants pro-démocratie à Hong Kong.

La tentation est forte en Occident de répondre à l’appel à la solidarité de ces jeunes qui ont en face d’eux un pouvoir dictatorial. Mais la Chine est aussi la deuxième puissance économique mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité, puissance nucléaire… 

Les États-Unis ont annoncé qu’ils allaient retirer à Hong Kong son statut préférentiel lié à une autonomie qu’ils jugent disparue. La suppression de ce statut pourrait affaiblir la place financière de Hong Kong, qui sert encore de passerelle entre la Chine et le reste du monde. Mais ces mesures pénaliseraient Hong Kong plus que la Chine elle-même, qui a, depuis des années, cessé de valoriser ce territoire trop turbulent, et qui a perdu de son utilité initiale.

Restent le Royaume Uni, signataire du Traité garantissant l’autonomie de Hong Kong, et l’Union Européenne : on a vu des communiqués critiquant la loi chinoise, mais pas d’action. Car la question à laquelle les Européens n’ont pas de réponse, est : que faire face à une puissance chinoise de plus en plus impérieuse ?

Depuis un peu plus d’un an, une réflexion est engagée sur la révision de la relation avec la Chine. Un document de la Commission, l’an dernier, qualifiait la Chine à la fois de « partenaire » et de « rival ». Les Européens espéraient aboutir avant un important sommet des "27" avec le numéro un chinois Xi Jinping, en septembre à Leipzig.

L’accélération de la guerre froide sino-américaine, l’effet d’exacerbation du coronavirus sur le climat international, et désormais cette crispation sur Hong Kong, compliquent la démarche européenne. Divisés, les 27 ne veulent ni emboiter le pas aveuglément à la vindicte très intéressée de Donald Trump, ni fermer les yeux sur une Chine qui ne fait pas de cadeaux.

La France est directement concernée. Hier, les médias d’État chinois ont félicité le Conseiller diplomatique de l’Elysée, Emmanuel Bonne, pour avoir assuré Pékin que la France considérait Hong Kong comme une affaire intérieure chinoise. Version déformée, dit-on à Paris, où l’on renvoie vers le communiqué de … Bruxelles !

Tout ceci révèle l’embarras des Occidentaux qui ne peuvent pas traiter la Chine comme un simple contrevenant à des normes internationales par ailleurs en piteux état. Un embarras qui laisse, il faut bien l’admettre, les mains libres au pouvoir chinois à Hong Kong.

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