Edition spéciale du 7/9 suite au second tour des élections régionales et cantonales. En conséquence, certaines chroniques ont été déplacées ou remplacées par des interviews avec différents invités. 7H15 Bernard Guetta, "La nouvelle donne", France Inter Roland Cayrol Directeur général de l’Institut CSA Politologue Pierre Le Marc service politique de France Inter 7H45 Jacques Barrot Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale Député UMP de Haute Loire Ancien Ministre du Travail et des Affaires sociales (1995-1997) 8H20 François Hollande Premier Secrétaire du PS Député-maire de Tulle (Corrèze) Coups d’accordéon politiques, Bernard Guetta. Les élections se suivent et se ressemblent. Il y a deux ans, la France avait cruellement censuré la gauche en l’éliminant du second tour de l’élection présidentielle. Hier, elle a tout aussi cruellement censuré la droite en la balayant aux élections régionales. Sauf à conclure que la droite serait devenue aussi abominable que la gauche l’aurait été en 2002, que les Français seraient volages ou bien encore que la gauche serait devenue aussi sublime que la droite l’aurait été il y a deux ans, force est donc de s’interroger sur les raisons de ces coups d’accordéon politiques. La première est que notre échiquier politique ment, comme il ment dans presque toute l’Europe. A l’heure de la mondialisation économique, c’est-à-dire d’une situation de concurrence internationale directe entre des pays aux niveaux de salaires et de prestations sociales variant de un à dix, voire plus, la grande question, la seule qui vaille, est de savoir si l’Europe, donc la France, doivent, peuvent, et à quelles conditions, maintenir leurs systèmes de protection sociale ou doivent, au contraire, opter pour la loi du marché, ce chacun pour soi et que le plus fort gagne en vigueur dans les pays libéraux. C’est un vrai débat mais il n’est que très rarement ouvert dans les pays de l’Union et pas du tout en France car les grands courants de la droite européenne, l’UMP au premier chef, réunissent en leur sein des partisans de ces deux options contraires et que les gauches européennes, socialistes français en tête, n’osent pas vraiment ou pas du tout dire qu’on ne peut plus sauver la protection sociale sans la réduire à la baisse. C’est cette situation qui envoie la droite et la gauche françaises au tapis avec tant de vitesse et de violence. La droite gagne les élections en jurant de réduire la fracture sociale et les perd en n’y parvenant pas. La gauche regagne du terrain en promettant de maintenir et élargir la protection sociale et en reperd aussitôt en n’y parvenant guère plus. La démocratie en est faussée, minée, et l’on ne sortira pas de ce jeu de dupes tant que la France, et toute l’Europe, n’auront pas fait ce qu’a déjà fait l’Italie, réorganiser l’échiquier entre une coalition des forces libérales et un front des tenants de l’économie sociale de marché, gauche, centre-gauche et nombre de gaullistes en France, social-démocratie et démocratie-chrétienne dans le reste de l’Europe. C’est à cette condition, pas si utopique si l’on considère les reports de voix UDF hier et se souvient que l’Italie est, depuis trente ans, le laboratoire politique de l’Europe, que les Européens et les Français pourront faire de vrais choix et avancer. La deuxième raison des blocages politiques de la France et de l’Europe et que les grands partis politiques nationaux se refusent encore, dans toute l’Union, à dire aux électeurs que les choix politiques ne peuvent plus se faire qu’au niveau européen, qu’on ne peut pas aller, ici, dans un sens et là, dans l’autre, sans tous reculer ensemble et qu’on ne peut notamment pas sauver la protection sociale sans décider ensemble au détriment de qui et de quoi quels sacrifices seront à faire. Nous devons cesser de nous mentir.

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