Il y a deux grands enseignements à tirer de ce vote. Le premier, le plus important, est que ce ne sont pas des partis mais une idée qui a remporté ces élections, celle de la « séparation », c’est-à-dire de nouveaux retraits militaires israéliens, de Cisjordanie cette fois-ci, et d’un repli d’Israël derrière des frontières unilatéralement tracées par le Mur. C’est à cette idée qu’est allée la majorité des voix. C’est autour d’elle que se formera la coalition gouvernementale à venir car, soixante ans bientôt après la création de leur Etat, les Israéliens sont las de la guerre et des grandes ambitions, celle d’une paix négociée avec les Palestiniens comme celle d’un Grand Israël s’étendant dans ses frontières bibliques. Pays en pointe dans les industries de haute technologie, pays dont l’économie dépend désormais beaucoup plus de l’informatique que des oranges du désert, pays où le ton est donné par de jeunes ingénieurs en tout point semblables à leurs pairs de Californie, Israël veut cesser aujourd’hui d’absorber son budget dans l’occupation de Territoires où sa démocratie se perd et ses soldats meurent pour rien. Une page se tourne, d’autant plus nettement que les électeurs ont, de surcroît, fini par comprendre que l’occupation des Territoires était porteuse d’une défaite démographique car le taux de natalité des Palestiniens est bien plus élevé que celui des Israéliens. A rester dans les Territoires, Israël risquait de devenir un Etat majoritairement palestinien où seule l’abomination de l’apartheid aurait, et très provisoirement, évité le naufrage du rêve séculaire d’un Etat juif. C’est, en ce sens, un tournant historique que marquent ces élections et si la nouvelle majorité parlementaire palestinienne, celle du Hamas, ne renonce pas à son refus d’ouvrir des négociations avec Israël, si elle ne laisse pas, au moins, le Président palestinien et l’OLP le faire à sa place, les Israéliens vont maintenant annexer une partie de la Cisjordanie, en abandonner la plus grande part et tracer leurs frontières en fonction de leur sécurité et de leurs équilibres intérieurs. Une paix unilatérale et armée succédera à l’occupation militaire. Les Palestiniens n’auraient rien à y gagner. Leur intérêt serait de l’empêcher en proposant immédiatement des pourparlers mais les peuples - les Israéliens l’ont souvent montré - mettent parfois longtemps à rompre avec leurs erreurs. Beaucoup plus général, le second enseignement de ce vote est que le libéralisme économique n’est décidément pas populaire dans les pays développés où la protection sociale s’était imposée. Grand perdant de ces élections, le Likoud ne paie pas seulement d’avoir incarné le Grand Israël mais aussi d’avoir mené une politique de libéralisation accélérée dont les plus faibles ont payé le prix. C’est pour cela que les Travaillistes, aujourd’hui menés par un ancien syndicaliste, ont tant comblé leur retard sur Kadima, le parti centriste qu’avait fondé Ariel Sharon, et qu’une toute petit formation, le Parti des retraités, fait une entrée spectaculaire à la Knesset où ses 7 voix seront indispensables à la coalition de la « séparation. »

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