Entre eux, le courant ne passait pas mais, ça y est, ils vont tout faire pour que cela change. Reçu, demain, dans le Bureau ovale après la conférence qu’il donne, aujourd’hui, à New York, Nicolas Sarkozy sera ensuite l’hôte de Barack Obama, dans ses appartements privés, pour un dîner à quatre, les deux présidents, leurs épouses et eux seuls. C’est « un témoignage d’amitié particulier », souligne-t-on fièrement à l’Elysée et c’est vrai. Que ce mot d’« amitié » soit ou non le bon, Barack Obama marque, là, une volonté de tourner la page sur une période, il y a juste un an, où Nicolas Sarkozy l’avait sérieusement agacé. Le président français sortait, alors, de son grand moment diplomatique, le deuxième semestre 2008. En tant que président de l’Union européenne, il venait de négocier un compromis entre Russes et Géorgiens qu’il avait fait avaliser, aux forceps, par les 27. Non seulement, à travers lui, la France avait joué dans cette affaire un rôle d’autant plus éclatant que les Etats-Unis s’étaient mis aux abonnés absents mais, sitôt cette crise réglée, Nicolas Sarkozy avait très vite réagi au krach de Wall Street. Repassant du modèle anglo-saxon au modèle européen, il avait littéralement imposé aux Etats-Unis la convocation d’un sommet réunissant puissances établies et puissances émergentes, le G-20 qui s’est institutionnalisé depuis. Durant six mois, Nicolas Sarkozy avait été à son meilleur et sans rival sur la scène internationale, une sorte de roi du monde qu’il était devenu en profitant à la fois de ses bonnes relations avec Georges Bush et de la position de faiblesse dans laquelle se trouvait le président américain sortant, totalement déboussolé par l’échec de sa présidence et la crise financière sur laquelle elle s’achevait. Nicolas Sarkozy aurait aimé prolonger ce moment et l’élection de ce jeune Démocrate dont le monde était tombé tellement amoureux lui avait fait, disons-le, de l’ombre. Barack Obama, de son côté, n’était pas naturellement porté à une grande sympathie pour ce Français qui avait tant aimé son prédécesseur et pas du tout détesté l’intervention américaine en Irak. Entre ces deux hommes, cela démarrait mal et ça ne s’était pas arrangé lorsque Nicolas Sarkozy s’était raidi sur l’Iran auquel Barack Obama tentait, lui, de « tendre la main » et avait rééquilibré la politique proche-orientale de la France en faveur d’Israël tandis que Barack Obama rééquilibrait celle des Etats-Unis en faveur des Palestiniens. A la condescendance du premier répondait l’indifférence du second, presque du mépris, mais les temps ont changé. Affaibli, Nicolas Sarkozy a désormais besoin de se rapprocher de la Maison Blanche pour peser dans le jeu international. Renforcé par son rapprochement avec la Russie et l’adoption de sa réforme de la couverture médicale, Barack Obama peut, lui, se montrer d’autant plus magnanime qu’il découvre que l’Europe existe, que les Etats-Unis ont besoin d’elle et que la France y compte. Cette soudaine « amitié » s’appelle le réalisme.

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