Dans un monde en bouleversement, les instances de décision s’inventent en marchant. Ce ne pouvait pas être au Conseil de sécurité de piloter l’opération libyenne qu’il a autorisée car cela aurait acculé la Chine et la Russie, détentrices d’un droit de veto au Conseil de sécurité, à trancher entre leur malaise devant cette opération et leur répugnance commune à voler au secours du régime libyen. Bien que l’Otan soit responsable de l’organisation des frappes et de l’interdiction du ciel libyen à l’aviation du colonel Kadhafi, ce ne pouvait pas non plus être à elle de prendre seule les commandes parce que des pays arabes qui n’en sont pas membres participent aux opérations militaires et qu’il ne fallait pas que ce soit une alliance occidentale qui soutienne les insurgés libyens. Ce ne pouvait pas non plus être aux seules puissances dont les forces sont entrées en action de décider de tout car bien des pays européens, africains et arabes ne l’auraient pas toléré et c’est ainsi que deux instances nées du besoin se réunissent aujourd’hui à Londres, parallèlement puis ensemble. La première, dite Comité de la coalition, réunira les ministres des Affaires étrangères des pays engagés dans le ciel libyen. La seconde, dite, Groupe de contact, regroupera ces mêmes ministres plus les représentants de la trentaine d’autres pays et organisations internationales intéressés au conflit et les deux entendent ouvrir la voie à l’après-Kadhafi dans la mesure où à peu près plus personne ne parie sur sa longévité politique et celle de son régime. Comme l’ont déjà fait, hier, le Premier ministre britannique et le président français, il s’agira donc, premièrement, d’appeler les responsables civils et militaires de Tripoli à faire défection pour le bien de leur pays ; deuxièmement de redire que Muamar Kadhafi doit se retirer et, troisièmement, de presser le Conseil national de transition dont des délégués seront à Londres de préparer au plus vite une concertation de toutes les forces politiques et sociales libyennes en vue d’instaurer un dialogue national, indispensable à une transition ordonnée, à l’élaboration d’une nouvelle constitution et à l’organisation d’élections. En attendant, ce sera au Comité de coalition, aux pays engagés, de décider de l’arrêt ou de l’intensification des opérations militaires que l’Otan coordonnera et conduira. Sur le papier, tout cela se tient… plus ou moins bien mais, civils ou militaires, il ne se trouve pas de responsables, dans aucun des pays concernés, pour nier l’ampleur des questions en suspens. Que se passera-t-il, que faire, si le colonel Kadhafi parvenait, malgré les frappes, à regrouper assez de troupes pour bunkériser sa capitale qu’il serait impossible de bombarder et que les insurgés n’auraient probablement pas la force de prendre seuls ? On compterait alors sur les défections mais, outre qu’elles ne sont pas certaines, que faire si parallèlement le régime syrien développe une répression de masse ? Une nouvelle intervention ne serait guère envisageable mais comment justifier une telle mobilisation pour la Libye et une passivité sur la Syrie ? On ne sait pas. L’histoire est en marche, avec quelque chose d’irrépressible, et la politique suit, comme elle peut.

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