Elle était la seule des figures politiques israéliennes à être appréciées à l’étranger, en Europe comme aux Etats-Unis. Hormis Shimon Pérès, le chef de l’Etat qui n’a qu’un rôle protocolaire, Tzipi Livni, leader de l’opposition et chef du parti centriste Kadima, était le dernier des grands leaders du pays à vraiment vouloir la paix mais voilà maintenant qu’elle sort de scène.

Appelés à choisir, mardi, le candidat qui porterait leurs couleurs lors des prochaines législatives, les militants de son parti lui ont préféré un général à la réputation de faucon, Shaul Mofaz, qui l’a emporté avec près de 62% des voix. Tzipi Livni paraît maintenant avoir son avenir derrière elle et, tandis que Benjamin Netanyahu, chef du gouvernement le plus à droite qu’ait connu Israël, caracole dans les sondages, c’est tout le camp de la paix qui semble défait.

Autrefois tout puissant, le Parti travailliste, la formation qui avait créé ce pays, est totalement marginalisé. Les partisans de la paix n’arrivent plus à mobiliser les foules qu’ils faisaient descendre dans la rue il n’y a pas si longtemps. Quant au centre, ce parti Kadima qu’avait formé Ariel Sharon lorsqu’il avait décidé d’évacuer Gaza et de rompre avec la droite, avec le Likoud dont il avait été l’âme et le héros, il ne cesse plus de reculer dans les enquêtes d’opinion alors même qu’il avait remporté le plus grand nombre de sièges lors des élections de 2009.

La droite domine plus que jamais la scène israélienne et il y a deux raisons à cela. La première est que les Israéliens ne croient plus à la paix. Ils la voudraient, tous les sondages le montrent. Comme les palestiniens d’alleurs, ils seraient majoritairement prêts aux concessions qu’elle demande mais ils n’y croient plus, pas pour demain en tout cas, parce que les Accordes d’Oslo n’ont débouché sur rien et que l’évacuation de Gaza, surtout, en 2005, n’a abouti qu’à la prise de contrôle de ce territoire par le Hamas et à sa transformation en plateforme de tir contre Israël.

La paix est un échec dont les torts sont partagés. La paix est un échec dont la cause première est qu’il n’y a aucune confiance entre les deux peuples qui se disputent cette terre qu’on dit sainte. Cet échec est celui de la gauche et profite donc, logiquement, à la droite parce qu’elle peut répéter qu’elle l’avait bien dit alors que la gauche, elle, n’a plus grand-chose à proposer.

La seconde raison pour laquelle la droite est si forte est que la libéralisation de l’économie israélienne a comme partout accru les inégalités, que la pauvreté s’est beaucoup développée en Israël et que les plus démunis reprochent à la gauche de n’avoir pas su les défendre et reportent en conséquence leurs voix sur la droite, celle-là même qui a pourtant dérégulé l’économie.

Tout porte la droite israélienne mais, paradoxalement, l’arrivée du général Mofaz à la tête de Kadima pourrait contribuer à changer la donne car ce militaire austère et partisan de la manière forte plaît aux milieux populaires, a fait campagne sur la nécessité d’un « nouvel agenda social » et s’est converti, depuis trois ans, à la nécessité de la paix en faveur de laquelle il a promis de « sérieux efforts ». Shaul Mofaz peut devenir un difficile adversaire pour Benjamin Netanyahu et cela rouvre le jeu.

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