Après avoir resserré ses rangs, l’opposition syrienne s’était à nouveau divisée ces derniers jours. L’homme qu’elle avait placé à la tête de sa Coalition nationale, Ahmed Moaz al-Khatib, un religieux subtil et modéré dont la popularité est grande dans tout le pays, a démissionné dimanche dernier comme s’il n’arrivait plus à unir et incarner les différents courants de l’insurrection. Bien qu’homme d’affaires et très imprégné de culture américaine, le Premier ministre que les opposants s’étaient donné au même moment est contesté par les courants les plus modernistes comme trop proche des Frères musulmans et ce n’est pas tout.

Soixante-dix figures de l’opposition laïque viennent en effet de publier une lettre ouverte adressée aux pays arabes, à l’Onu et à plusieurs des pays membres du Conseil de sécurité les plus proches d’ l’insurrection pour dénoncer la « domination » que les Frères exerceraient sur la Coalition nationale et la « tutelle » que des pays de la région – il fallait comprendre le Qatar et l’Arabie saoudite – imposeraient à l’insurrection.

L’opposition étale ses divergences entre laïcs et islamistes, entre proches des Occidentaux et proches des monarchies pétrolières traditionalistes et il n’est donc pas étonnant que François Hollande ait bien semblé revenir, hier soir, sur sa volonté, partagée par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, de livrer des armes aux insurgés.

Alors qu’il déclarait, il y a moins de deux semaines, devant le dernier Conseil européen, que l’opposition avait donné « toute garantie » que les armes qui lui seraient fournies ne seraient pas détournées par des groupes djihadistes, le président de la République a estimé sur France 2 qu’il « ne pouvait pas y avoir de livraisons d’armes s’il n’y avait pas la certitude qu’elles seront utilisées par des opposants coupés de toute emprise terroriste ». « Pour l’instant, nous ne l’avons pas cette certitude » a enchaîné François Hollande en ajoutant toutefois qu’on « ne pouvait pas laisser un peuple se faire massacrer sans réagir ».

Aidez-nous à vous aider, unissez-vous assez pour marginaliser les plus radicaux d’entre vous, a-t-il ainsi dit aux insurgés mais le problème est que ce sont précisément ces livraisons d’armes occidentales qui pourraient permettre aux courants modérés de l’insurrection de prendre le pas sur les islamistes. Les modérés ont besoin du soutien occidental pour s’affirmer et on leur dit là qu’ils n’en bénéficieront que lorsqu’ils se seront affirmés.

C’est une erreur, une erreur stratégique que la France et la Grande-Bretagne appelaient leurs partenaires européens à ne pas commettre et dans laquelle la France, refroidie par ces divisions de l’opposition, parait maintenant retomber. Cela redonne l’avantage à la dictature et aux islamistes. Cela rompt – peut-être provisoirement mais tout de même – avec la compréhension visionnaire que la France avait de la dynamique démocratique des révolutions arabes. C’est surtout inquiétant car ce ne sont pas les islamistes qui pourraient le plus profiter de cette frilosité mais les djihadistes qui combattent moins la dictature que l’Occident et la démocratie.

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