Il y a les faits et l’analyse à en faire. Les faits sont que c’est par l’armée du régime syrien que Palmyre a été libérée mais de là à en conclure que Bachar al-Assad serait en train de sortir vainqueur de ces cinq années de guerre, il y a un pas à ne pas franchir, sauf à refuser de voir les évolutions de la crise syrienne.

Premier point, cette défaite de Daesh dont il faut évidemment se réjouir n’aurait pas été possible sans le soutien que les commandos et l’aviation russes ont apporté à l’armée de Bachar al-Assad. Cette armée était défaite lorsque la Russie est intervenue en Syrie il y a six mois. Damas et Lattaquié, le berceau de la famille Assad, étaient alors sur le point de tomber et, si les bombardements russes ont sauvé ce régime d’un complet effondrement, ils n’ont pour autant pas refait de son armée une force militairement crédible.

Deuxième point, si Bachar al-Assad a malgré tout pu réunir assez d’hommes - et encore une fois, tant mieux - pour entrer dans Palmyre et en chasser Daesh avec l’appui des Russes, c’est qu’un cessez-le-feu tient depuis un mois entre le régime et l’opposition armée. C’est ce qui a permis au régime de dégarnir les lignes de front avec l’opposition pour lancer cette offensive qu’il n’aurait pas été capable de mener autrement, appui ruse ou pas,

Cette faiblesse de l’armée syrienne est si réelle que c’est elle qui avait convaincu, depuis quelques deux mois, Vladimir Poutine qu’il n’y aurait pas de solution militaire en Syrie, qu’il était vain de vouloir rétablir Bachar al-Assad dans la plénitude de ses anciens pouvoirs et qu’il fallait au contraire l’inciter, comme la Russie le fait maintenant, de concert avec les Etats-Unis, à négocier un vrai compromis avec l’opposition.

Aussi loin qu’il soit d’être scellé, ce compromis n’est plus impossible parce que les Russes exercent une pression sur le régime, que les Américains exercent la leur sur l’opposition, que le régime et l’opposition sont à bout de forces, que les négociations qui les réunissent à Genève prennent lentement forme et que s’esquissent les grandes lignes d’un règlement acceptable pour les deux parties.

L’idée serait à la fois de constituer un gouvernement de transition avec des hommes du régime et de l’opposition, de lui confier tous les pouvoirs, y compris militaires, qui sont jusqu’à présent dévolus à Bachar al-Assad et de faire de la Syrie un Etat fédéral dans lequel chacune des communautés disposerait de la plus large autonomie au sein de ses propres cantons.

Le succès est tout, sauf garanti mais le fait est que la défaite qui vient d’être infligée à Daesh est une sorte de préfiguration de ce que ce compromis permettrait puisque l’opposition n’a pas profité de cette offensive du régime sur Palmyre pour tenter d’améliorer ses positions militaires.

En ne bougeant pas, l’opposition a, au contraire, épaulé cette offensive contre Daesh qui est avant tout une victoire politique de la Russie - d’une Russie qui, d’égal à égal, se rapproche toujours plus des Etats-Unis.

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