Où l'on voit toute l'absurdité d'un divorce dont tous les Européens souffriront, Britanniques en tête.

On peut aisément se consoler. On peut se dire que l’activation, cet après-midi, par la Grande-Bretagne de l’article 50 du traité de Lisbonne qui permet à tout pays membre de l’Union de s’en retirer au terme de négociations ne devant pas excéder deux ans, serait la meilleure des nouvelles.

Enfin, peut-on se dire ! Ils s’en vont enfin ces damnés Britanniques qui n’étaient montés dans le train de l’unité européenne que pour en ralentir la marche et qui y étaient si bien parvenus ! On peut, oui, se le dire car le fait est qu’à la Commission, au Conseil et au Parlement, les représentants britanniques étaient assis sur le frein de l’intégration, coalisant les pays les plus souverainistes et bloquant tout ce qui allait à l’encontre de leur credo libéral.

Alors, oui, consolons-nous, tant mieux, mais on se console comme on peut car, en vérité, ce divorce est un drame. Il l’est car la majorité de cette majorité de Britanniques qui se sont prononcés, l’été dernier, en faveur du Brexit l’a fait dans l’illusion que tout ce qui n’allait à leurs yeux pas dans leur pays en serait ipso facto résolu.

Ils voyaient déjà partir tous ces Français, ces Polonais ou ces Baltes, ces trois millions de ressortissants européens qui travaillent dans leurs frontières et dont ils ne voulaient plus. Ils se voyaient déjà dispensés de toute solidarité avec le continent mais libres, bien sûr, de continuer à y exporter leurs marchandises sans s’acquitter d’une Livre de droits.

Ils se voyaient faire, du jour au lendemain, chambre à part dans la maison commune et découvrent aujourd’hui qu’ils ne pourront pas accéder au marché unique sans accepter les juridictions, les règles et la libre circulation européennes, qu’ils devront s’acquitter de plus de 50 milliards d’euros d’engagements pris et que cette main d’œuvre européenne commence déjà à manquer à leur économie car, prudente, elle ne vient plus.

Tout va bien, se répètent-ils, en voyant que leurs résultats sont toujours bons et voulant oublier qu’ils sont toujours membres de l’Union, que rien n’a changé pour l’heure et que l’incertitude est à venir.

Absurde, ce divorce est un drame pour les Britanniques et leur propre unité puisque les Ecossais, eux, ne veulent pas du Brexit et entendent bien revoter sur leur indépendance mais il l’est aussi pour le reste de l’Europe que le départ de ce pays amputerait de sa plus vieille démocratie et d’une culture qui lui est essentielle et consubstantielle.

Ce jour est jour de deuil même si le Brexit n’est peut-être pas irréversible.

Même à Londres, beaucoup le pensent car il n’est jamais trop tard pour mieux faire. Tout cela est tellement navrant et stupide que la France et le Royaume-Uni viennent de signer, hier, un accord de coopération sur un projet de nouveaux missiles.

On ne veut, en fait, pas y croire, ne serait-ce que parce que l’Europe n’a pas de Défense sans les armées britanniques et françaises. Espérons. Croyons en la Raison mais quand la procédure de divorce s’engage, il est bien tard pour réaliser qu’on s’aimait encore.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.