Pour faire oublier un contexte économique difficile, le Président turc a créé la surprise en annonçant qu’il allait retransformer en mosquée l’ex-basilique de Sainte-Sophie, à Istanbul, un musée depuis 1934. Des élections municipales ont lieu dimanche en Turquie.

Affiche électorale géante avec le portrait du Président Erdogan, avec ce slogan : « Istanbul est une histoire d’amour pour nous ». Recep Tayyip Erdogan a été maire d’Istanbul.
Affiche électorale géante avec le portrait du Président Erdogan, avec ce slogan : « Istanbul est une histoire d’amour pour nous ». Recep Tayyip Erdogan a été maire d’Istanbul. © AFP / Ozan KOSE / AFP

Si vous étiez le président d’un pays entré en récession, dont la monnaie dévisse sur les marchés, et à l’inflation galopante, que feriez-vous pour gagner des élections ? Vous tenteriez une diversion. C’est ce que fait le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a étrangement transformé les élections municipales de dimanche dans son pays en un test politique majeur, qu’il ne veut pas perdre.

La diversion en question est venue cette semaine avec une annonce inattendue : il veut retransformer en mosquée Sainte-Sophie, ce célèbre monument d’Istanbul à l’histoire si particulière, tour à tour basilique chrétienne de Constantinople, puis mosquée sous le règne des Ottomans, et enfin transformée en musée en 1934 par le laïque Atatürk.

Pour le président islamo-conservateur, faire de la mosquée un musée a été « une très grosse erreur ». Il sait qu’il touche à un symbole universel, car Atatürk avait justifié son choix en déclarant qu’il offrait Sainte Sophie « à l’Humanité ». Erdogan va dans la direction opposée, en espérant que sa base sunnite conservatrice appréciera.

Il ne faut pas oublier, comme le rappelle la journaliste Ariane Bonzon dans un livre récent (Turquie, l'heure de vérité, aux éditions Empreinte) qu’Erdogan est le « seul dirigeant issu de l’islam politique depuis seize ans à la tête d’un État de la région ; il nourrit un dessein, écrit-elle : réconcilier la Turquie avec son passé ottoman ».

Cela ne suffit toutefois pas à gagner des élections, car le contexte est très difficile. L’économie turque se porte mal, et une partie de la population prend de plein fouet la hausse des prix des produits de base. Le président a ouvert des stands de fruits et légumes subventionnés, utilisé un tiers des réserves financières pour soutenir sa monnaie, et lancé une campagne contre cet Occident accusé de travailler contre la Turquie, pourtant membre de l’Otan !

Tout ça pour ne pas perdre les grandes villes turques, y compris la capitale Ankara, menacées d’échapper au contrôle du parti AKP du Président. La surenchère nationaliste ne semble toutefois pas remporter le succès espéré.

Depuis le coup d’État manqué de juillet 2016, Erdogan a déclenché une immense vague de répression, avec des dizaines de milliers d’arrestations et de licenciements de juges, de fonctionnaires, d’enseignants ; de journalistes aussi…

Chaque semaine amène son lot d’arbitraire, comme cette professeure de l’université francophone de Galatasaray, Füsun Ustel, condamnée à 15 mois de prison pour avoir signé une simple pétition, ou le philanthrope Osman Kavala, emprisonné depuis octobre 2017 pour son soutien à la société civile turque.

Malgré cette répression, le Président a peur de perdre une élection municipale ; c’est le paradoxe suprême de ces « hommes forts » d’aujourd’hui, qui doivent quand même gagner leurs élections. 

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