Que le Pape le fasse, on le comprend. C’est dans l’ordre des choses, peut-être même son rôle, mais pourquoi des partis politiques, les formations de droite en l’occurrence réunies dans le Parti populaire européen, demandent-ils, eux aussi, qu’on inscrive « l’héritage religieux » de l’Europe dans la future constitution de l’Union ? Parce que la droite européenne serait plus religieuse que la gauche et qu’il y aurait donc là une logique électorale ? Non. Ce n’est pas cela. La religion se porte très bien à gauche aussi. A bien des égards, elle y est même plus vivante qu’à droite et le cléricalisme, aujourd’hui, n’est plus un ciment des droites européennes. Alors pourquoi ? La réponse est claire. Autant il s’agit de foi chez le Pape, autant ces partis veulent jouer, eux, sur les craintes que l’Islam inspire, sur le mélange détonnant du terrorisme et de l’immigration, de l’identité et de la sécurité, sur cette angoisse diffuse et protéiforme que suscite le fanatisme islamiste à l’heure de la réduction des distances et de la disparition des frontières. Ce n’est pas une foi que le PPE veut affirmer. C’est un rejet de l’autre. Par leur démarche, ces partis prennent la responsabilité de proclamer que les frontières de ce siècle devraient bel et bien être religieuses, que Ben Laden et les GIA n’auraient, au fond, pas tort et que l’Union européenne devrait demeurer un club de nations chrétiennes, sans doute tolérant mais chrétien. Eh bien non ! C’est une idée dangereuse. C’est une idée qu’il faut rejeter car si le christianisme a bien évidemment façonné l’Europe, inspiré ses arts, nourri ses penseurs, modelé ses paysages et fait son Histoire, il n’est pas le seul, et loin de là, à nous avoir définis. Les Lumières et la Révolution française l’ont tout autant fait. Elles ont même beaucoup plus fait que l’Eglise pour le développement et le rayonnement de l’Europe, pour les idées de liberté et de démocratie qui ont essaimé le monde. S’il fallait inscrire « l’héritage religieux » dans la constitution de l’Europe, il faudrait y mettre aussi Voltaire et les Encyclopédistes, une cuillère de judaïsme, trois de Réforme et, tant qu’on y est, une bonne dose de socialisme dont la protection sociale, part fondamentale de l’identité européenne, descend en droite ligne. Ce serait une folie. Ce serait diviser l’Europe que d’ouvrir ce débat. Seuls des incendiaires inconscients pourraient le souhaiter mais ce n’est pas tout. L’humanité est aujourd’hui confrontée à des intégristes qui voudraient à la fois prendre les commandes du monde musulman et l’unifier par la religion pour en faire une force de conquête. Ce n’est pas au moment où ce fanatisme divise l’Islam, fait éclater les rangs islamistes en Turquie et provoque une résistance massive en Iran, là même ou il était né, qu’il nous faudrait abaisser, nous aussi, un rideau de fer entre Islam et Chrétienté. Ce n’est pas la Chrétienté qu’il faut opposer à l’Islam mais les Lumières à l’obscurantisme, la laïcité aux religions d’Etat, les principes qui nous unissent au fanatisme religieux.

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