En diplomatie, quand chacun, la mine grise, commence à se dire pessimiste, c’est souvent le début d’un grand marchandage. Peut-être en sera-t-il ainsi pour le budget de l’Union mais, pour l’heure, tout va franchement mal. Rien ne va plus car, après avoir laissé entendre, au sommet d’Hampton Court, en octobre dernier, qu’il serait maintenant disposé à faire des concessions sur le rabais britannique, Tony Blair s’est fait mettre en minorité aux Communes, sur l’instauration d’une garde à vue de trois mois dans les affaires terroristes. Sa cote ne cesse plus, depuis, de dégringoler dans les sondages. Non seulement le Premier ministre a perdu la confiance de l’opinion, non seulement l’aventure irakienne lui revient en plein visage, comme à Georges Bush, mais son grand rival, Gordon Brown, le ministre des Finances, a maintenant la main et ne cache plus guère son impatience de prendre la relève. La marge de manœuvre de Tony Blair s’est, en un mot, amoindrie et il lui est, désormais, d’autant plus difficile de faire des concessions financières à l’Union que Gordon Brown regarde l’Europe comme le général De Gaulle regardait l’Onu, comme un « machin » dont les défauts l’emporteraient sur les avantages. Plus question, donc, d’assouplissement de la position britannique sur ce rabais de la contribution budgétaire de la Grande-Bretagne que Margaret Thatcher avait obtenu au motif que la Politique agricole commune ne profitait pas à son pays. C’est de nouveau « non », un « non » réitéré à Londres sur tous les tons mais comme Tony Blair ne veut pas que ses six mois de présidence de l’Union s’achèvent, en décembre, sur un complet échec, il a imaginé une très étrange solution. Puisqu’il ne veut plus réduire son rabais, ou très symboliquement seulement, puisqu’il ne trouve pas non plus assez de soutiens pour faire plier la France sur le montant des dépenses agricoles, il voudrait proposer de réduire l’ensemble du projet de budget européen pour la période 2007-2013. Ce serait, à ses yeux, tout bénéfice. Plus de rabais à réduire, plus de batailles à mener pour isoler la France, plus de problèmes avec Gordon Brown, enfin un succès et, de surcroît, last but not least, dernier point mais pas le moindre, la Grande-Bretagne limiterait ainsi ces dépenses communes européennes qu’elle abhorre car elles financent des politiques communes, incarnation de cette Europe à vocation fédérale dont la seule idée révulse les Britanniques. L’ennui pour Tony Blair est que ce tour de passe-passe heurterait de front les intérêts des huit anciens pays communistes de l’Union car il n’y aurait alors plus guère d’argent pour financer les « fonds structurels », les budgets consacrés à la mise à niveau des régions européennes les moins développées. Les Tchèques, les Polonais, les Italiens aussi, poussent déjà de hauts cris et Tony Blair se met ainsi en conflit économique avec des gouvernements considérés comme politiquement proches de lui car proches, comme lui, des Etats-Unis. Il rencontre jeudi et vendredi les dirigeants des huit mais les discussions seront difficiles. Tout est aujourd’hui difficile en Europe.

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