Les télévisions sont fermées à toute voix discordante. L’une des rares figures de l’opposition russe, le champion d’échecs Gary Kasparov, a été condamnée, samedi, à cinq jours de détention pour manifestation illégale. Le message est clair. Même la notoriété internationale ne vous protège de rien et cela, c’est ce qui se passe à Moscou, au vu du monde. Dans les Républiques et régions éloignées de la Fédération de Russie, c’est autrement pire. Là-bas, loin des regards, les écoliers sont emmenés coller des affiches pour Russie unie, le parti du Président. On incite, très fermement, les électeurs à voter sur les lieux de travail où la surveillance et les pressions sont plus aisées que dans les bureaux de quartiers et il vaut mieux ne pas être candidat d’un autre parti que Russie unie car les autorités locales ont une consigne impérative. Le parti du Kremlin ne doit pas obtenir moins que les 71% de voix recueillies par le Président lors de sa réélection de 2004 et le taux de participation, bien sûr, doit être élevé. Les élections russes de dimanche ne seront ainsi pas des législatives. Leur fonction est de plébisciter Poutine, tête de liste de son parti, parce que la constitution lui interdit de briguer, le 2 mars prochain, un troisième mandat consécutif mais qu’il doit pouvoir rester le « leader » du pays, l’homme incontournable qui continuerait d’assumer la réalité du pouvoir, comme Premier ministre, comme chef de la future majorité parlementaire, voire comme Président si la force de sa victoire de dimanche l’amenait à franchir le pas et modifier, ou contourner, la Constitution. La Russie n’est certainement plus la démocratie qu’elle avait si brièvement commencé de devenir sous Mikhaïl Gorbatchev mais comment qualifier ce régime ? Pour l’heure en tout cas, « autocratie » serait trop fort car Vladimir Poutine n’est encore qu’un primus inter pares, la figure dominante d’un groupe constitué par la jeune génération du FSB, l’ancien KGB. Il doit plus ou moins compter avec ses pairs, placés à la tête de toutes les grandes entreprises et dans les principaux rouages de l’Etat, mais ce n’est pas tout. Si la Russie n’est pas une démocratie, elle n’est pas non plus, pas totalement du moins, une dictature puisqu’on y trouve de relatifs espaces de liberté, dans les petites et moyennes entreprises, dans l’édition, sur internet, dans deux ou trois media, cantonnés à la capitale mais tout de même, et dans tout ce qui ne touche pas directement à la politique. Il y a des marges de liberté en Russie, plus qu’en Chine, et le fait est, surtout, que ce régime ne tient pas que par la force. Les Russes se satisfont de Poutine, d’un retour de l’Etat et de la réaffirmation de leur pays sur la scène internationale, parce qu’ils étaient las de l’anarchie et de l’humiliation des années Eltsine et que les revenus du pétrole assurent une croissance qui leur redonnent espoir. Le poutinisme, c’est un Etat autoritaire et paternaliste, une transition qui se cherche mais reste indéfinie.

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