Le meilleur est à venir. Le Monde et ces autres grands journaux qui, depuis hier soir, publient de premières synthèses des quelques 250 000 dépêches diplomatiques américaines que s’est procurées le site WikiLeaks n’ont pas encore diffusé les plus spectaculaires d’entre elles. De vraies révélations suivront sans doute mais, pour l’heure, qu’apprend-on là ? Essentiellement que, fussent-ils américains, les diplomates n’en savent pas beaucoup plus que les universitaires et les journalistes qui suivent, au jour le jour, un pays, une région ou des évolutions internationales. La différence est que les diplomates tiennent ce qu’ils écrivent de la bouche du cheval, d’un ministre, d’un président, d’un chef d’état-major, et non pas d’une analyse - de patients recoupements entre des faits, de demi-confidences et l’histoire. C’est une différence de taille, toute la différence entre le plus pertinent des articles et les dépêches qu’un gouvernement reçoit de ses ambassadeurs après qu’ils ont vu d’importants décideurs mais, pour le reste… Pour le reste, le moins qu’on puisse dire est qu’on n’est pas surpris d’apprendre que les capitales arabes sont encore plus obsédées que les Etats-Unis par la menace iranienne, que les Américains soupçonnent le Pakistan de disséminer sa technologie et ses matériaux nucléaires, qu’Israël ne croit pas que Barack Obama puisse parvenir au moindre résultat en tendant la main à Téhéran, que la Chine espionne Google, que la Turquie rêve de retrouver l’influence ottomane, que la Corée du Sud se prépare à l’éventualité d’une réunification avec le Nord, que les relations entre Vladimir Poutine et Silvio Berlusconi ont un parfum d’affaires ou que de grandes fortunes saoudiennes continuent à financer al Qaëda. Tout cela a déjà été écrit, dit, répété, dans tous les bons journaux mais, en attendant d’en apprendre plus – sur des chefs d'Etat corrompus semble-t-il – deux remarques s’imposent. La première est que la généralisation de l’informatique fragilise autant les secrets des gouvernements que ceux des individus. Dès lors qu’il suffit qu’un jeune soldat pénètre un réseau pour recopier des années de dépêches du département d’Etat et les transmettre à WikiLeaks qui les remet à de grands journaux, la confidentialité des relations entre Etats devient toute relative. La deuxième est que ce n’est pas forcément une bonne chose car il y a plus qu’une nuance entre le haut responsable qui décide, en conscience, de révéler à la presse une chose qui devait l’être, un crime ou une manipulation, et cette manière de tout mettre sur la place publique, indifféremment, sans nécessité morale et au risque, en l’occurrence, de rendre infiniment plus difficile le travail de la diplomatie, de cette permanente recherche de compromis qui ne peut être menée sans garantie du secret. Les journaux auxquels WikiLeaks a livré ces documents en sont si conscients qu’ils ne publient pas tout, taisent les noms d’individus que ces fuites auraient pu mettre en danger et s’emploient, surtout, à mettre en perspective le contenu de ces documents. Un journal n’est pas un réceptacle. En conscience, un journal choisit ce qu’il doit dire.

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