Lentement, les choses se mettent en place. Dans deux jours, à Toulon, Nicolas Sarkozy s’exprimera sur « les conséquences que la France et l’Europe doivent tirer des crises ». Le lendemain, vendredi, Angela Merkel prononcera un discours de politique européenne devant les députés allemands. Le président français aura, entretemps, reçu le Premier ministre britannique pour tenter de lui arracher, en échange de contreparties, un feu vert aux modifications des traités que la France et l’Allemagne veulent proposer au Conseil européen du 9 décembre et tout cela esquisse un scénario de sortie de crise.

Par un amendement des textes ou un accord à quelques uns, Paris et Berlin vont renforcer le respect du Pacte de stabilité, autrement dit des plafonds d’endettement et de déficit budgétaire fixés aux pays de la zone euro. Ils vont imposer une automaticité et une plus grande rapidité d’imposition des sanctions aux Etats laxistes – durcir, en un mot, les conditions de rigueur budgétaire que les Etats optant pour la monnaie unique avaient acceptées à l’origine et allègrement violées depuis, Allemagne comprise.

C’est ce qu’exigeait Angela Merkel et, en retour, Nicolas Sarkozy devrait obtenir que la chancelière laisse, enfin, la Banque centrale européenne intervenir sur les marchés en rachetant la dette des pays en difficulté afin de faire baisser les taux d’intérêt qui leur sont demandés aujourd’hui et les enfoncent dans la crise. Si cela continue, comme hier, de calmer les marchés et empêche l’Italie de plonger dans la banqueroute en y entraînant l’Europe, c’est tant mieux mais, outre que cela reste à voir, ce scénario pose deux problèmes.

Le premier est que l’Europe s’imposera par là même une cure d’austérité redoublée et que les nouvelles réductions de dépenses qui s’annoncent portent en elles non seulement de nouvelles difficultés pour les plus pauvres mais également un nouveau ralentissement de la croissance qui va accroître les dettes publiques en réduisant les rentrées fiscales. L’économie européenne risque de s’empoisonner à ce traitement de choc. Les dirigeants européens risquent, dans le même temps, de paralyser l’Europe en la faisant haïr des Européens et le second problème, pas moins grave, est que les chefs d’Etat et de gouvernements, loin, très loin de leurs électeurs, vont maintenant décider de politiques économiques communes sur lesquelles les citoyens n’auront pas leur mot à dire.

La démocratie paraît partie pour régresser en Europe alors même que Nicolas Sarkozy aurait pu n’accepter le renforcement du Pacte exigé par Angela Merkel qu’en échange d’une progression de la démocratie européenne. Dès lors que nous déciderons ensemble de nos politiques économiques, aurait-il pu dire, il faut doter l’Union d’un exécutif procédant du suffrage universel paneuropéen, d’une démocratie parlementaire. C’eut été la logique. Il aurait pu l’obtenir de Berlin car le congrès de la démocratie-chrétienne allemande, de la droite au pouvoir, vient de se prononcer en ce sens mais il s’en est gardé par crainte de perdre ceux des électeurs de droite pour lesquels le fédéralisme est un chiffon rouge. C’est, peut-être, la sortie de crise mais il n’y a pas de quoi danser de joie.

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