Ce n’est pas que Dallas à Paris, qu’une bataille d’egos ou qu’un « foutoir » pour citer Xavier Bertrand. L’implosion de l’UMP – Thomas Legrand l’a souvent dit dans cette matinale – relève bel et bien d’une vraie fracture politique mais cette fracture, ce désarroi, cette crise d’identité, la droite française n’est pas seule à les vivre.

Moins d’un mois avant que l’UMP ne se déchire, c’est pour des raisons profondément semblables que les républicains avaient échoué à reconquérir la Maison-Blanche et perdu des sièges au Congrès. Depuis trente ans, la droite américaine tirait sa force d’une coalition disparate que Ronald Reagan avait su souder en réunissant, sous la bannière de la « révolution conservatrice », la droite religieuse, les classes moyennes blanches et des milieux patronaux désireux de revenir sur les acquis sociaux de l’après-guerre et l’Etat providence.

A la première, il avait dit qu’il était temps de défendre la famille et mettre terme à la révolution sexuelle des années soixante, de restaurer en un mot les valeurs traditionnelles de l’Amérique, et il avait ainsi réveillé et mobilisé les fondamentalistes protestants qui s’étaient jusqu’alors tenus à l’écart d’une vie politique dans laquelle ils ne se reconnaissaient pas.

Aux deuxièmes, les classes moyennes blanches, il avait promis de réduire la pression fiscale et le rôle de l’Etat, autrement dit de diminuer les aides sociales supposées ne profiter qu’aux Noirs mais financées par l’impôt de tous. Aux troisièmes enfin, les plus grandes fortunes et les grandes entreprises, il avait promis de faire des idées libérales des idées dominantes en Amérique, d’opérer une révolution politique dont les dogmes seraient que « l’impôt tue l’impôt » et que « l’Etat n’est pas la solution mais le problème ».

Non seulement Ronald Reagan avait tenu sa promesse mais cette révolution, la révolution libérale, a changé le monde en s’exportant sur les cinq continents. Quels qu’aient été les alea électoraux, les républicains étaient depuis trois décennies, le parti le plus fort et le plus cohérent de la scène américaine, celui qui dictait l’agenda, mais le krach de Wall Street a brisé sa coalition des années 80. Frappées de plein fouet, les classes moyennes ont repris goût au rôle économique de l’Etat en voyant Barack Obama sauver l’Amérique en sauvant ses banques et son industrie et le parti républicain s’est soudain réduit à la coalition d’une idéologie défaite et d’électeurs traditionalistes, vent debout contre l’immigration latino-américaine, le mariage gay et le droit à l’avortement.

Or qu’est-il arrivé à la droite française ? Nicolas Sarkozy a voulu la faire « rompre » avec le gaullisme et importer le modèle reaganien. Il a pourfendu Mai-68, sacralisé et défendu l’argent tout en faisant des clins d’œil aux électeurs frontistes et, quand Wall Street s’est écroulé, il ne lui est bientôt resté que le discours de Grenoble et l’identité nationale – les terrains sur lesquels Jean-François Copé a ensuite choisi de se battre, contrairement à François Fillon. C’est parce qu’elle avait voulu copier Reagan, quand le libéralisme achevait déjà sa course, que la droite républicaine se délite, aussi écartelée que les républicains le sont entre leur droite et un centre-droit espérant naître dans ce vide.

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