Ce n’est pas la guerre. Il serait surprenant que ça le devienne mais entre les mises en garde des Etats-Unis, de la Chine, du Japon, de la Corée du Sud et les démonstrations de force aérienne auxquelles se livrent ces pays depuis plusieurs jours, cela commence à y ressembler tellement qu’on ne peut plus prendre à la légère une crise qui en dit long sur l’état du monde et de l’Asie.

Entre leurs côtes, en mer de Chine orientale, la Chine et le Japon se disputent une poignée d’îlots inhabités qu’on nomme Senkaku à Tokyo et Diaoyu à Pékin. Ils n’ont pas de valeur en eux-mêmes mais constituent, pour ces deux puissances, un enjeu de fierté nationale et de prestige international.

La Chine veut faire valoir ce qu’elle considère comme ses droits sur ces îlots car sa population, travaillée par un nationalisme croissant, n’admettrait pas qu’elle ne le fasse pas alors que bien d’autres différents frontaliers l’opposent à ses voisins asiatiques. Pour Pékin, c’est tout à la fois une affaire de politique intérieure et une posture régionale et pour Tokyo, c’est la même chose car, face au géant qu’est la Chine, le Japon ne veut pas montrer le moindre signe de faiblesse de peur d’encourager les Chinois à le tenir pour quantité négligeable.

C’est ainsi que le Japon avait nationalisé trois de ces cinq îlots en les rachetant à leurs propriétaires privés en septembre 2012. Il s’en était suivi une semaine de violentes manifestations antijaponaises en Chine et, samedi dernier, Pékin a surenchéri en instaurant une zone aérienne d’identification au dessus des cailloux de la dispute.

La Chine a fait comme s’il s’agissait là de son territoire. Le Japon a ordonné à ses compagnies civiles d’ignorer cette mesure et envoyé sa chasse survoler la zone. La Corée du Sud a fait de même car elle aussi possède là un rocher submergé que Pékin revendique. L’Australie tempête et, beaucoup plus sérieux encore, les Etats-Unis ont également fait pénétrer des appareils militaires dans cet espace aérien pour marquer qu’ils refusaient le fait accompli chinois.

Cela s’appelle des « gesticulations », rien de plus que des messages diplomatique délivrés par des militaires, mais à jouer avec le feu, il arrive qu’on s’y brûle. C’est le premier problème. Le deuxième est qu’on voit là à quel point l’Asie d’aujourd’hui est l’Europe du XIX° siècle, un continent où les rapports de force entre Etats – Inde, Japon, Chine, Pakistan, Corée – sont loin d’être établis et se testent dans des tensions annonciatrices de vrais conflits.

Quant au troisième problème, il est que les Etats-Unis s’engagent décidément en Asie comme, hier, en Europe et au Proche-Orient, car ils veulent trouver un équilibre avec la Chine qui passe, à la fois, par un constant dialogue avec elle et l’affirmation d’un soutien à ses voisins et rivaux. Il est à cet égard frappant que cette crise ait éclaté au moment même où les Américains déminaient leurs relations avec l’Iran.

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