La crise syrienne se résume désormais en trois points.

L’insurrection perd la partie. En pleine transition électorale, la France et les Etats-Unis sont aux abonnés absents et la Russie gagne, pour l’heure au moins.

L’insurrection plie car elle ne cesse maintenant plus de céder du terrain dans son bastion de la partie Est d’Alep. Elle a déjà du abandonner un gros tiers des quartiers qu’elle contrôlait car écrasée sous la bombes, privée de vivres et d’hôpitaux que les bombardements russes et syriens ont systématiquement détruits, elle ne peut plus que reculer.

La France s’active. La France s’émeut et cherche à mobiliser les pays favorables à l’insurrection mais, outre qu’il est bien tard, François Hollande est très occupé à éviter une totale dislocation de la gauche alors que le candidat de la droite et du centre, François Fillon, estime qu’une victoire de Bachar al-Assad ne serait pas la plus mauvaise des solutions.

L’un dans l’autre, cela ne donne pas un grand poids à la France et la situation n’est guère différente aux Etats-Unis puisque Donald Trump partage l’approche de François Fillon et que Barack Obama n’est plus guère opérationnel et n’a jamais voulu s’engager dans ce conflit.

Quant à la Russie, elle n’est plus loin de triompher puisque son objectif était de se réimplanter au Proche-Orient en sauvant le régime Assad de l’écroulement dont il était proche il y a quinze mois. Quand l’insurrection aura complètement perdu Alep, la Russie sera non seulement chez elle en Syrie mais elle aura du même coup scellé un rapprochement avec l’Iran, l’autre grand allié de Bachar al-Assad et le plus solide des Etats de la région.

Alors, bien sûr, rien n’est jamais joué. Un rebondissement demeure possible. L’insurrection tient d’autres parties du pays mais, dans une guerre, il finit toujours par y avoir un gagnant et un perdant qui semble bien être, en l’occurrence, l’insurrection.

Reste une grande question : qu’est-ce que les gagnants pourront faire de leur victoire ?

Elle sera forcément provisoire. Bachar al-Assad devra reconstruire le pays qu’il a totalement ravagé, Damas et la côte nord exceptés. Ni la Russie ni l’Iran n’ont es moyens de financer une reconstruction de cette ampleur. Il y a des millions de déplacés à reloger et d’autres millions de réfugiés dont le retour sera tout, sauf évident. Beaucoup de Syriens vont longtemps vivre dans des camps de réfugiés à l’étranger d’où sortiront bientôt de jeunes combattants prêts à venger leurs familles et reconquérir leurs terres.

Pour l’heure virtuellement gagnée par Bachar al-Assad, cette guerre est d’autant moins finie que plus de 60% des Syriens sont sunnites alors que le régime appartient à la branche alaouite du chiisme. Majoritaires dans la région, les puissances sunnites n’admettront pas leur défaite face à l’Iran chiite. Cette guerre rebondira, en pire encore. La Russie aura bien du mal à ne pas s’y embourber et c’est là qu’elle regrettera, comme tout le monde d’ailleurs, que la force des armes ait été préférée à la vraie recherche d’un compromis politique.

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