Alors que le Brésil bascule à droite toute avec Jaïr Bolsonaro le 1er janvier, le Mexique a samedi un nouveau président, et il est de gauche, pour la première fois. Andrès Manuel Lopez Obrador, dit AMLO, a été élu sur un programme de rupture.

Andres Manuel Lopes Obrador, le Président-élu du Mexique, lors d’une Conférence de presse, le 29 octobre 2018 à Mexico. Il prend ses fonctions le 1er décembre.
Andres Manuel Lopes Obrador, le Président-élu du Mexique, lors d’une Conférence de presse, le 29 octobre 2018 à Mexico. Il prend ses fonctions le 1er décembre. © AFP / Ulises Ruiz / AFP

Si vous pensiez que l’Amérique latine avait basculé à droite, comme on l’entend souvent, voire à l’extrême droite avec l’élection de Jaïr Bolsonaro au Brésil, le Mexique vous apporte un démenti ; et il est de taille. Le Mexique est le deuxième pays d’Amérique latine par sa population, 120 millions d’habitants.

Samedi, Andrès Manuel Lopez Obrador, que tous ses compatriotes surnomment AMLO d’après ses initiales, s’installe à la tête du Mexique, après une victoire retentissante aux élections de juillet dernier. Cet homme de 65 ans n’est pas un nouveau venu sur la scène politique, il a été maire de Mexico, et s’est présenté deux fois à la Présidence avant de gagner cette année.

AMLO a non seulement remporté la Présidentielle, mais il a gagné la majorité absolue au parlement et dans les Etats. Il dispose de tous les pouvoirs institutionnels, ce qui est sans précédent depuis l’introduction du pluralisme au Mexique il y a deux décennies. Un véritable raz-de-marée.

Lopez Obrador a été élu sur un programme de rupture dans un pays en crise profonde, il a suscité un espoir immense qu’il aura du mal à ne pas décevoir.

Cet homme de gauche, populiste de gauche selon certains analystes, a promis de s’attaquer de front aux problèmes majeurs du pays que sont la violence liée aux narcotrafiquants, la corruption, les inégalités sociales criantes. Il met en vente l’avion présidentiel, baisse son salaire de 60%.

Mais il devra aussi composer avec Donald Trump, son imprévisible voisin du nord, avec lequel il veut être pragmatique.

Mais il sera d’abord jugé sur l’enjeu de la violence : dans un continent qui compte les deux tiers des assassinats commis dans le monde pour à peine 8% de la population mondiale, le Mexique détient le record. Un meurtre toutes les dix minutes, deux cents mille morts dans la guerre au narcotrafic qui ne cesse pourtant de s’étendre.

AMLO promet une autre approche, il veut désengager l’armée en créant une garde civile, évoque une amnistie pour les échelons inférieurs des gangs, propose des alternatives, veut légaliser le cannabis. Cette approche suscite du scepticisme, mais tout le monde convient que le tout-militaire a échoué.

Si cette victoire de gauche peut sembler à contre-courant de la tendance enregistrée ailleurs en Amérique latine, les experts de la région contestent l’idée d’un virage à droite. Ils évoquent plutôt un « dégagisme », pour reprendre un mot venu des Printemps arabes,  qui chasse systématiquement les sortants. Le continent paye le prix d’une crise de modèle qui alimente l’exaspération des électeurs.

Au Brésil, c’est Bolsonaro, le nostalgique de la dictature militaire, qui en a bénéficié, tandis qu’au Mexique, c’est le vieux candidat de la gauche.

Avec Bolsonaro au Brésil à partir du 1er janvier, et AMLO au Mexique dès samedi, les deux pays les plus peuplés du continent vont vivre des expériences politiques diamétralement opposées. Mais attention, le « dégagisme » les guette tous les deux en cas d’échec.

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