C’est soudain tombé, hier, en début de matinée, heure de Washington. Le Président, annonce la Maison-Blanche, va tenir une conférence de presse. Georges Bush se prête si rarement à cet exercice, déteste tellement avoir à répondre aux journalistes et s’en cache si peu, qu’une fébrilité s’empare aussitôt des rédactions. Après le lundi noir qu’avait connu l’Irak, cinq attentats, plus de quarante morts en une seule journée, le président des Etats-Unis, le commandant en chef, va forcément dire quelque chose, d’important. Hélas ! Tendu, mal à l’aise, cherchant souvent ses mots, Georges Bush a parlé et au bout d’une heure, lorsqu’il a pris la dernière question avant d’aller « déjeuner », a-t-il précisé, il s’est avéré qu’il n’avait rigoureusement rien à dire. Qui est derrière ces attentats, en avez-vous une idée, lui demande la presse ? « Je pense, répond-il - car il ne sait pas, « il pense » -, que ce sont soit, ou à la fois, des baassistes ou des terroristes étrangers ». On est rassuré, les Etats-Unis maîtrisent le problème auquel ils sont confrontés. Mais tous ces attentats, insistent les journalistes, ne vous font-ils penser que vous avez crié victoire trop vite après la chute de Saddam ? Non, non, pas du tout, rétorque-t-il. « Le monde, dit-il, est plus sûr aujourd’hui car Saddam Hussein et les Taliban ne sont plus là ». A croire qu’on ne l’a pas encore averti que les Taliban redressent la tête en Afghanistan, que tout va mal dans ce pays et qu’en Irak, la seule certitude est que rien n’est sûr. « Notre coalition, poursuit-il d’ailleurs, croit en nombre et se renforce ». « Croit en nombre » ? « Se renforce » ? Il l’affirme si tranquillement que pas un journaliste n’ose se lever pour lui dire qu’on doit alors lui mentir. On voudrait que quelqu’un le lui dise mais on comprend, en même temps, qu’il est difficile de faire cela, qu’il faudrait un enfant pour dire au Roi qu’il est nu et c’est tout, a peu près tout. L’Irak s’enfonce dans le chaos, le Président des Etats-Unis s’exprime après une journée qui pose, au minimum, quelques questions et tout ce qu’il a à dire tient en ces quelques citations, plus un refrain : « l’Irak est un endroit dangereux », la réalité qui, lentement, s’impose, à lui. On ne s’étendra pas sur cet homme. On savait déjà mais le plus effrayant est que ses collaborateurs ne disent rien de plus, reconnaissent la gravité de la situation mais sans en tirer plus de conclusions, et que les grandes capitales, parallèlement, se taisent car, elles non plus, ne savent plus où on va. Toute la journée d’hier, on s’est beaucoup consulté entre Européens. L’idée, le mot parfois, de « vertige » revenait souvent dans ces conversations mais, au-delà de la consternation générale, l’Europe, la Russie, la Chine, le secrétaire général de l’Onu, ne savent tout simplement plus que proposer, que dire, que faire tant les avertissements qu’ils avaient prodigués ne sont pas seulement avérés mais dépassés par les faits. « On cherche une idée, dit-on dans toutes les capitales, mais on ne l’a pas encore trouvée car dans l’affrontement entre le fort et le fou, entre l’hyperpuissance américaine et l’islamisme, le fou est plus fort pour la bonne raison que l’un a tout à perdre et l’autre rien.

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