Pourquoi la France ? Pourquoi est-ce en France et pas ailleurs que Yasser Arafat a souhaité se faire traiter pour ce qui semble être - la prudence s’impose - une complication sanguine d’un cancer de l’estomac ? Au-delà du fait que la médecine française soit l’une des meilleures du monde, c’est avant tout parce que le Président palestinien considère la France comme une amie. Elle lui a, de fait, sauvé la mise en l’évacuant de Beyrouth, en 1982, lorsque les troupes israéliennes étaient aux portes de la ville, l’a constamment soutenu depuis et s’est, surtout, refusé à rompre les contacts avec lui quand le gouvernement d’Ariel Sharon l’a presque totalement isolé du monde en organisant le blocus de la Mouqata qui, pour être devenu le lieu d’une assignation à résidence, n’en reste pas moins le Palais présidentiel. Les raisons de Yasser Arafat sont claires mais quelles sont celles de France ? Outre qu’elle s’honore en accueillant un homme qui a besoin de soins, la France veut rester jusqu’au bout aux côtés du Président palestinien, du Président élu de ce pays en devenir, parce qu’elle considère, depuis l’affirmation du mouvement national palestinien dans les années soixante, qu’elle se doit de soutenir, en même temps, également, le droit à l’existence et à la sécurité d’Israël et celui des Palestiniens à se doter d’un Etat. De Charles de Gaulle à Jacques Chirac en passant par Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, ce fut et c’est la position constante de la France mais, troisième question, pourquoi ? Parce que la France, oui, c’est vrai, et il n’y a rien de choquant à cela, a des positions historiques, diplomatiques et économiques à défendre dans le monde arabe, une compréhension particulière de ces pays et des liens à maintenir avec eux mais ce n’est ni sa seule ni sa première motivation. Bien avant beaucoup d’autres, la France a compris non seulement que, dans l’adversité, les Palestiniens devenaient une nation et ne renonceraient pas à leur lutte pour une patrie mais que ce combat enflammait tout le monde arabe, le solidarisait d’une lutte armée, le dispensait d’impulser ses indispensables évolutions et le mettait en position de confrontation avec tout l’Occident en devenant le terreau des mouvements les plus fanatiques. Ce conflit est un abcès, toujours plus menaçant pour la stabilité internationale. Pour la paix du monde, pour que justice soit rendue au Palestiniens et que les Israéliens puissent, un jour, ne plus vivre entre deux guerres, ce conflit doit être réglé, deux Etats pour deux peuples. Cela demande d’être pro-paix, non pas pro-israélien ou pro-palestinien ce qui ne veut rien dire mais pro-paix, ce qui passe aussi bien par un ferme soutien à l’existence d’Israël que par une reconnaissance du dirigeant puis du Président que les Palestiniens se sont choisi. C’est pour cela que la France n’a jamais varié dans ses relations avec Yasser Arafat et ne devait pas le faire au moment où la maladie le frappe. Lui refuser l’accès d’un hôpital n’eut pas seulement été honteux. Cela aurait aussi fait de lui un martyr, la dernière chose dont ce conflit avait besoin et cette évidence n’a plus échappé à Georges Bush qu’à Ariel Sharon.

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