Dans une semaine, à cette heure, nous saurons. McCain ou Obama, nous saurons mercredi prochain à l’aube, heure française, qui les Américains ont élu et, si les sondages ont raison - ce qui reste à prouver - si les urnes confirment le désir de changement que l’on sent aux quatre coins des Etats-Unis, nous pourrions nous réveiller, alors, dans un monde bien différent. Nous nous étions habitués à ce que la moitié démocrate de l’Amérique ait fini par choisir pour champion le fils d’un Kenyan dont le second prénom est Hussein. Nous avions, heureusement, fini par ne plus voir la couleur de sa peau, par ne plus voir en lui que le candidat, ses forces et ses faiblesses, mais s’il était élu, si la première puissance du monde portait vraiment un Noir à sa tête, de mère américaine et blanche mais de père africain, mesure-t-on bien le choc que cela constituerait ? Le regard porté sur l’Afrique et que l’Afrique porte sur elle-même en serait changé. Les Noirs américains – tous le soulignent aujourd’hui – pourraient enfin dire à leurs enfants qu’ils pourraient, un jour, devenir président pour peu qu’ils soient bien sages et travaillent bien. Aux Etats-Unis comme dans le monde, le racisme en prendrait un sacré coup, sans doute pas définitif mais sévère, et l’image internationale de l’Amérique, surtout, en serait totalement modifiée. Décriée comme elle ne l’avait jamais été, méprisée, voire haïe sur les cinq continents depuis que Georges Bush avait voulu lui donner, à elle seule, les commandes du monde, elle redeviendrait en une seconde le pays de tous les possibles, même l’élection d’un Noir par une nation si majoritairement blanche. Si vrai et faux à la fois, le mythe du rêve américain, de l’« american dream », en serait ressuscité. L’Amérique regagnerait un prestige et une stature morale qu’elle avait depuis longtemps perdus. Son nouveau président serait ce que le candidat Obama est déjà devenu, l’un des hommes les plus populaires du monde, car il incarnerait, à la Maison-Blanche, un espoir de fraternité humaine mais ce n’est pas tout. Ce choc passé, une fois oubliée la couleur du président comme celle du candidat l’a été, on réaliserait autre chose. Obama élu, il y aurait toutes chances que les Démocrates aient également conforté leur majorité au Congrès et que ce président ait ainsi les moyens de gouverner. Or Barack Obama est une rupture à lui seul, non seulement l’homme qui veut chercher le dialogue avec les adversaires des Etats-Unis et se concerter avec leurs alliés mais, également, celui qui veut augmenter les impôts des plus riches pour baisser ceux des classes moyennes et des plus pauvres. Contrairement à ce que disent les Républicains, ce n’est pas un socialiste mais il est certainement ce qui s’approche le plus, aux Etats-Unis, d’un social-démocrate qui, dans les pires difficultés, deux guerres et une crise, chercherait à tourner la page de la « révolution conservatrice », de ces décennies où les mots d’Etat et de redistribution étaient devenus des gros mots. Elu, Obama amplifierait la fin d’une époque et c’est, peut-être, cette aube qui sera celle de mercredi.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.