Dominique de Villepin a la logique pour lui. Lorsqu’il estimait, hier matin, au micro d’Inter, que Barack Obama devait faire exactement la même chose en Afghanistan qu’en Irak, « créer, disait-il, les conditions d’un retrait », il ne faisait que tirer les conclusions d’une réalité. Un nouvel attentat, contre l’Onu, venait de faire neuf morts en plein centre de Kabul. Non loin de là, des obus venaient de s’abattre sur l’un des endroits les plus protégés de la ville, l’hôtel Serena où descendent les visiteurs de marque. L’Afghanistan est bel et bien devenu un « bourbier », comme le disait l’ancien Premier ministre, un pays où la présence des troupes de l’Otan n’a pas empêché les taliban de reprendre le contrôle de plus de la moitié du territoire et de régulièrement frapper jusque dans la capitale, un pays où l’Alliance atlantique, intervenue sous mandat de l’Onu après les attentats du 11 septembre, est en train de perdre la partie mais faut-il pour autant, s’en retirer, si inextricable que soit la situation ? A cette question, Dominique de Villepin répond « oui » car seul un calendrier de retrait, dit-il, pourrait responsabiliser les pays voisins, Iran, Chine, Russie, Pakistan et Inde, les obliger à prendre en charge un problème qui les concerne au premier chef et leur retomberait dessus s’ils ne s’attelaient pas à lui trouver une solution avant que les troupes de l’Otan ne soient rappelées. En pure logique, c’est absolument vrai puisque la Russie ne peut pas risquer une contamination islamiste de l’ancienne Asie centrale soviétique ; que la Pakistan serait immédiatement menacé par une victoire des taliban afghans qui renforcerait les siens ; que l’Inde aurait toutes les raisons de s’inquiéter des efforts que le Pakistan ferait alors pour prendre le contrôle de l’Afghanistan ; que l’Iran chiite aurait tout à craindre d’une victoire, à sa frontière orientale, d’islamistes sunnites qui se sont d’ores et déjà alliés aux séparatistes iraniens du Baloutchistan sunnite et que la Chine, enfin, aurait beaucoup à perdre si une extension régionale du conflit amenait l’Inde, sa grande rivale continentale, à marquer des points dans cette partie de l’Asie. Tous les grands acteurs de la région auraient intérêt, c’est vrai, à éteindre l’incendie afghan avant que ses flammes ne les embrasent mais il y a loin de l’intérêt rationnel à ce qui pourrait se passer en pratique. Entre ces acteurs régionaux, les suspicions et les rivalités sont telles que la tentation de la force et des coups tordus pourrait bien vite l’emporter sur la Raison car l’Asie n’est pas l’Europe de ce siècle. C’est l’Europe du XIX° et de la première partie du XX°, un continent dont les équilibres se cherchent encore, une poudrière beaucoup plus susceptible d’exploser qu’on ne l’imagine. L’Otan aura aujourd’hui le plus grand mal à stabiliser l’Afghanistan. C’est pratiquement mission impossible mais, si elle devait s’en retirer à brève échéance, elle ne ferait pas que concéder à l’islamisme une victoire dont il s’enivrerait. Elle laisserait aussi l’Asie face à ses conflits, sans la moindre garantie de ne pas en subir les retombées.

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