C’est un moment difficile à lire, à déchiffrer devrait-on dire. Deux ans après les faillites de Wall Street, la crise économique qu’elles ont provoquée et la lumière, surtout, qu’elles ont jetée sur la totale folie d’un capitalisme dérégulé et libre de courir aux profits les plus obscènes et les plus immédiats, le monde hésite sur la conduite à tenir. D’un côté, les paradis fiscaux ont été rappelés à un peu plus de décence. Ils ne peuvent plus faire tout et n’importe quoi. Ils ont dû admettre un minimum de transparence et, parallèlement, les banques se sont vu imposer de nouvelles règles prudentielles. Elles devront, sur plusieurs années, disposer de plus de capital pour garantir leurs opérations. Elles seront moins libres de prendre des risques indûs qu’elles prenaient d’autant plus légèrement que les Etats ne pouvaient pas les laisser aller à la faillite sans risquer, eux-mêmes, un total krach économique. Plusieurs Etats les ont même taxées afin d’accumuler les capitaux nécessaires à parer une nouvelle crise. Des mesures ont été prises mais, outre qu’elles sont bien modestes, outre que rien de vraiment sérieux n’a été fait pour réimposer des règles aux marchés, réaffirmer le rôle des Etats dans la vie économique et recréer les conditions d’une cohésion sociale, le fait est que c’est le contribuable qui paie, aujourd’hui, les pots cassés. En Allemagne, hier encore, les plans d’austérité s’abattent l’un après l’autre, coupant dans les dépenses publiques et les protections sociales avant, bien sûr, quoi qu’on en dise, d’augmenter les impôts. On est dans un entre-deux où les gouvernements serrent timidement la bride aux marchés tout en réduisant dépenses et déficits publics afin de leur complaire. On est un peu sorti, dans les discours mais aussi dans les faits, des trente années de libéralisme triomphant mais on n’en revient pour autant pas au capitalisme régulé de l’après-guerre et le meilleur exemple en est l’Europe. Réunis hier en Conseil européen, les 27 chefs d’Etat et de gouvernement ont fait tout à la fois. A l’instigation de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne, ils ont décidé de sévèrement limiter le budget européen alors même qu’il faudrait, au contraire, augmenter les investissements communs pour rationaliser les dépenses de relance. Ils ont également approuvé de drastiques mesures de contrôle des dépenses et des déficits des Etats membres qui vont s’ajouter aux plans de rigueur nationaux. L’Europe serre collectivement les visses après l’avoir fait séparément. L’Union en remet une couche sur les gouvernements nationaux mais elle s’oriente, en même temps, vers une pérennisation du fond de soutien à ses Etats membres qu’elle avait fini par créer face à la crise grecque. De même que la Commission se préoccupe, enfin, depuis deux jours, de la dimension sociale du marché commun, le Conseil veut institutionnaliser la solidarité entre les 27 mais il devra, pour cela, modifier le traité de Lisbonne et risquer, autrement dit, un blocage politique au Parlement ou dans un ou plusieurs pays. Faute de clarté sur ses objectifs, dans l'entre-deux général, l’Union va au devant de nouvelles et confuses incertitudes.

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