A eux trois, les grands partis d’opposition sont sortis, hier, largement gagnants des législatives ukrainiennes. Cela ne préjuge ni de la future composition du Parlement car le mode de scrutin est complexe ni, moins encore, d’un changement de majorité puisqu’il faudrait encore que ces formations, très diverses et pas toutes fréquentables, trouvent un accord de gouvernement mais, si l'on additionne leur voix, elles sont en tête de plus de quinze points et le résultat de ces élections exprime ainsi un choix fondamental de l’Ukraine.

Comme les partis d’opposition, une majorité d’Ukrainiens voudrait aujourd’hui rejoindre l’Union européenne avec laquelle leur pays a une frontière commune puisqu’il est limitrophe de la Pologne, de la Slovaquie, de la Hongrie et de la Roumanie. Cette aspiration est si profonde que la majorité sortante, pourtant très proche de la Russie, frappe aussi à la porte de l’Union, avec moins d’empressement, moins d’ardeur, mais y frappe car, au cœur du continent, l’Ukraine est européenne et ne verrait qu’avantages à l’être encore plus.

Ces législatives viennent, en un mot, souligner l’extraordinaire paradoxe de cet ensemble en devenir que forment aujourd’hui les 27.

A l’intérieur de ses frontières, il ne suscite que critiques, récriminations désabusées et même un rejet grandissant alors qu’à l’extérieur, c’est tout l’inverse. Vue de l’extérieur, l’Union attire et fascine tant au contraire qu’outre l’Ukraine, la Turquie, l’ensemble des pays de l’ancienne Yougoslavie, la Géorgie et l’Arménie rêveraient d’en devenir membres.

Si elle le voulait, l’Union pourrait vite constituer l’un des ensembles les plus peuplés, les plus puissants et les plus incontournables du monde, mais alors que toutes les puissances ont toujours cherché, dans l’histoire, à s’étendre par la force, elle refuse de le faire en daignant seulement accéder aux demandes des pays candidats.

Les raisons en sont évidentes. L’Union a bien trop de mal à s’organiser et se gouverner à 27, bientôt 28 avec la Croatie, pour encore s’élargir ses rangs. L’Ukraine et la Turquie sont, en tout état de cause, loin de remplir les critères d’adhésion, notamment en matière de libertés publiques et de stabilité démocratique. L’Union a raison de ne pas vouloir leur ouvrir ses portessans attendre car cela causerait immanquablement sa perte mais ses évolutions internes pourraient l’autoriser un jour, sous dix ou vingt ans, à une plus grande audace.

A la faveur de ses crises, l’Union réalise aujourd’hui qu’elle ne peut pas continuer à avoir une monnaie unique et autant de politiques économiques qu’il y a de pays dans la zone euro. Insensiblement, les 17 pays de l’euro resserrent leurs liens et devraient si bien continuer à le faire qu’ils pourraient demain former une union politique au sein de l’Union qui en serait l’avant-garde et, de fait, la direction politique. L’Union se réorganise et, si elle y parvient, si elle sait se muscler en plaçant à sa tête un noyau intégré, il lui sera beaucoup moins difficile de s’ouvrir à d’autres qui rejoindraient alors une zone de libre-échange organisée autour d’une union dans l’Union. Impossibles aujourd’hui, de nouveaux élargissements ne le seraient alors plus.

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