Il fut un temps où les élections américaines rythmaient le temps du monde. Les plus graves crises étaient suspendues à leur résultat. On attendait le nouveau président des Etats-Unis ou leur nouveau Congrès pour savoir qu’elle tournure prendraient les affaires internationales mais là…

Sait-on seulement que les Américains votent mardi prochain , que ce scrutin a de l’importance puisque le désenchantement dont sont victimes Barack Obama et les Démocrates est tel que les Républicains pourraient conquérir le Sénat, contrôler les deux chambres et paralyser ainsi la Maison-Blanche ? La presse ne s’y intéresse guère. Le monde y est indifférent et la raison en est que les cinq continents ont fini par intégrer le fait que les Etats-Unis n’étaient plus aussi totalement déterminants qu’ils l’avaient si longtemps été.

Les nouveaux membres de la Chambre des représentants pose pour une photo devant le capitole, Wsahington DC
Les nouveaux membres de la Chambre des représentants pose pour une photo devant le capitole, Wsahington DC © Reuters

Cela ne veut pas dire qu’ils ne soient plus qu’une puissance parmi d’autres. Lorsque la Réserve fédérale envisage de faire repartir à la hausse les taux d’intérêt américains, l’Europe en panne et endettée s’inquiète de ne plus pouvoir emprunter dans d’aussi bonnes conditions qu’aujourd’hui. Lorsque les Etats-Unis, autre exemple parmi tant d’autres, exploitent leurs gaz de schiste, les prix du pétrole baissent et la Russie comme l’Iran s’en trouvent affaiblis.

Les Etats-Unis restent une puissance essentielle mais l’effondrement soviétique a réveillé tant de conflits gelés par la Guerre froide, tant de nouvelles puissances se sont affirmées sur la scène internationale , le désir de revanche russe est si grand et les mondes musulmans sont dans une telle ébullition, que la première des puissances économiques et militaires ne peut plus même rêver de tout régenter et qu’un simple changement de président ou de majorité à Washington ne peut plus avoir autant de conséquences qu’hier.

C’est d’autant plus vrai que les Américains sont tellement débordés par ce nouveau siècle et savent si peu où ils pourraient et voudraient aller que les lignes de partage entre Démocrates et Républicains sont devenues tout, sauf évidentes.

Côté conservateur, le courant isolationniste a repris du poids. Côté démocrate, c’est le même président qui s’était fait élire sur le désengagement d’Irak et d’Afghanistan et qui a maintenant des deuxièmes pensées sur le théâtre afghan et réengage l’Amérique en Irak. Le flottement et l’indécision qui en résultent à Washington sont tels que, bien plus qu’une élection américaine, ce qui compte vraiment est l’évolution des rapports de force entre l’argent, les classes moyennes et les forces de sécurité à Moscou ; le moment où une baisse de la croissance déstabilisera le pouvoir chinois ; les rivalités entre puissances asiatiques ou, bien sûr, autre exemple, les tournants en cours en Europe sur la question des déficits et de la croissance.

Les Etats-Unis comptent toujours et beaucoup mais la notion d’hyperpuissance, elle, est devenue caduque.

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