La clé, celle qui permet de comprendre l’ouverture de vraies discussions sur la Syrie, c’est John Brennan qui la donne. « Les Russes ne voient pas Assad dans l’avenir de la Syrie, déclarait mardi le patron de la CIA, (et) la question est de savoir à quel moment et comment ils seront capables de l’amener à sortir de scène ».

Cette conviction, le numéro 2 de la diplomatie américaine, Antony Blinken, l’a ensuite défendue en expliquant, hier, sur France 24 que l’intervention russe en Syrie « ne se passait pas très bien », que les Russes risquaient de s’y enliser, qu’ils ne pouvaient pas se mettre à dos la totalité des sunnites et que Moscou avait donc intérêt à pousser Assad vers une transition

Sur tous ces points, les Américains ont raison. Maintenant que les Russes ont compris qu’ils ne pourraient pas rétablir le statu quo ante en Syrie, l’option qui leur reste est en effet de finir par amener Bachar al-Assad à se retirer afin de se transformer en faiseur de paix et de revenir ainsi à la table des grands, en égal des Etats-Unis qui plus est.

Le moment venu, ils en auront tous les moyens puisque le président syrien est maintenant dans leur main. Les Etats-Unis n’avaient dès lors plus, et c’est ce qu’ils font, qu’à jouer la carte russe qui leur permet d’ouvrir une vraie perspective de compromis en réunissant demain à Vienne, conjointement avec la Russie, toutes les grandes puissances sunnites, les Européens et, surtout, l’Iran chiite, principal allié et soutien de Bachar al-Assad.

C’est un résultat en soi. Cette réunion pourrait vraiment permettre d'ouvrir la voie à un règlement mais, même en mettant les choses au mieux, cela prendra du temps.

Cela ne se fera pas en un jour car, avant d’arriver à la première étape que serait un cessez-le-feu, le régime syrien, l’insurrection et leurs soutiens respectifs voudront s’assurer les meilleures positions possibles. C’est pour cela que l’Arabie saoudite et le camp sunnite intensifient leurs livraisons d’armes à l’insurrection tandis que la Russie augmente encore, et de façon spectaculaire, le rythme de ses bombardements.

Pour permettre cette première étape, il faudra surtout être préalablement arrivé à définir les arrangements constitutionnels créant une forme ou l’autre de fédération qui tiendrait à la fois compte de la réalité du terrain, de la nécessité d’offrir des garanties à la minorité alaouite, celle dont est issue le clan Assad, et d’équilibrer l’influence des deux camps régionaux, sunnite et chiite.

Ce n’est pas fait. On n’en est qu’au début d’un processus au cours duquel il faudra trouver les moyens d’escamoter Bachar al-Assad sans que ni lui ni la Russie ne perdent la face. Ce n’est pas le moins difficile car l’insurrection, les pays sunnites et les Européens voudraient qu’il soit dit, dès demain, que tout processus de paix doit aboutir à son départ alors que les Russes comme les Iraniens s’y refuseront évidemment.

A court, moyen ou long terme, tout peut échouer mais, pour citer John Kerry, il y a désormais une chance de « sortir de l’enfer ».

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