Le candidat d’extrême-droite l’a emporté dimanche face à Fernando Haddad du Parti des Travailleurs. Une victoire qui doit tout à la colère des Brésiliens contre les abus de la classe politique.

Un partisan de Jair Bolsonaro affublé d’un masque de Donald Trump célèbre la victoire du candidat d’extrême droite, dimanche à Sao Paolo, la capitale économique du Brésil.
Un partisan de Jair Bolsonaro affublé d’un masque de Donald Trump célèbre la victoire du candidat d’extrême droite, dimanche à Sao Paolo, la capitale économique du Brésil. © AFP / Miguel SCHINCARIOL / AFP

Les Brésiliens ont de nombreuses raisons d’être en colère : corruption, incurie, criminalité… Mais cette colère est mauvaise conseillère, qui les a précipités dans les bras d’un candidat qu’il est difficile de décrire autrement que comme fasciste. 

Jair Bolsonaro a été la bonne personne au bon moment pour être le catalyseur de cette véritable révolte électorale d’une majorité de Brésiliens. Cet ancien officier, admirateur de la dictature militaire qui a marqué le Brésil jusqu’en 1985, a su récupérer la haine -il n’y a pas d’autre mot-, à l’égard du Parti des Travailleurs de Lula, l’ancien président aujourd’hui en prison pour malversations. 

L’image de Lula en Europe reste celle d’une icône d’une gauche pragmatique. Et même dans son pays, l’élection aurait été différente si l’ancien président avait été autorisé à se présenter. Mais il est aussi jugé responsable par beaucoup des scandales de corruption qui ont miné son passage, et de la terrible récession dans laquelle a plongé le pays.

C’est une nouvelle fois l’échec de la classe politique dominante, de droite comme de gauche, qui a fait le lit d’un régime autoritaire arrivé au pouvoir par les urnes. C’est une leçon universelle, qui peut prendre des formes différentes d’un continent à l’autre.

Les Brésiliens ont ainsi succombé au mythe de l’« homme fort » qui combattra sans gants la criminalité -64.000 meurtres par an, un record mondial-, qui nettoiera la corruption, défendra les valeurs dites familiales chères aux puissantes églises évangéliques qui le soutiennent, et relancera l’économie par de vieilles recettes libérales.

Les milieux d’affaires brésiliens misent sur sa réussite, au moins économique, à coups de privatisations massives ; et la Bourse de Sao Paolo a carrément pris 15% de hausse depuis que Jair Bolsonaro est devenu le favori.

Mais si le Président-élu ne fait que le dixième de ce qu’il a promis pendant sa campagne, il risque de semer la haine et la division dans un pays déjà très polarisé. Ne disposant pas d’une majorité au Congrès, Bolsonaro pourrait être tenté de contourner les institutions démocratiques.

Ceux qui ont voté pour cet « homme fort » par rejet de l’autre camp, ou par dégoût des mœurs politiques de la classe dirigeante sortante, risquent d’être à leur tour les perdants d’un pays dans lequel les forces économiques les plus puissantes auront les mains libres, sans contrepouvoirs et sans états d’âmes.

Jair Bolsonaro ressemble un peu à Donald Trump, mais beaucoup à Rodrigo Duterte, le président des Philippines - vous savez, le président des Philippines qui s’est lui-même comparé à Hitler- dont la guerre contre la drogue s’est transformée en milliers d’exécutions sommaires et qui s’est empressé d’étouffer la presse indépendante. Bolsonaro menace de faire pareil au Brésil.

Le mariage d’un autoritarisme décomplexé et d’un libéralisme économique sans limites va tester la stabilité du plus grand pays d’Amérique latine. Plus sûrement pour le pire que pour le meilleur.  

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