Malgré les différences entre leurs systèmes et leurs histoires, les mouvements populaires dans les deux pays ont de nombreux points communs.

Manifestants anti-gouvernementaux dans la ville irakienne de Hila, lundi 28 octobre. Des scènes similaires ont lieu au Liban quotidiennement. La différence : la répression, sanglante en Irak avec plus de 200 morts.
Manifestants anti-gouvernementaux dans la ville irakienne de Hila, lundi 28 octobre. Des scènes similaires ont lieu au Liban quotidiennement. La différence : la répression, sanglante en Irak avec plus de 200 morts. © AFP / AFP

Il est tentant d’établir des parallèles entre les soulèvements populaires qui, du Chili à Hong Kong, agitent la planète. Mais quand deux pays arabes comme le Liban et l’Irak, aux histoires et aux systèmes politiques très éloignés, connaissent des mouvements avec autant de points communs, les comparaisons prennent tout leur sens.

Ce qui distingue les deux pays est évident. L’Irak a connu la dictature de Saddam Hussein, l’invasion américaine de 2003, une guerre civile, le cauchemar Daech… La violence n’a pas quitté le pays depuis des décennies. Le Liban de son côté, connait une paix civile relative depuis la fin de sa propre guerre civile en 1990, mais une paralysie politique due aux équilibres communautaires et une crise économique profonde. Rien d’étonnant à ce que les protestations irakiennes soient réprimées dans le sang, alors que celles du Liban avancent jusqu’ici de manière pacifique.

Et pourtant, il ne manque pas de points communs entre les soulèvements populaires qui agitent les deux pays, l’Irak depuis un mois, le Liban depuis une dizaine de jours. 

D’abord un ras-le-bol généralisé de la corruption et de l’inefficacité des gouvernants. Un rejet porté par une jeunesse privée d’avenir, et qui, à l’heure d’internet, ne se résigne pas à la médiocrité et à l’incurie.

Ensuite, un désir de dépasser les clivages confessionnels qui ont longtemps défini ces sociétés. C’est évident au Liban, où la constitution héritée de la présence française, repose sur les équilibres communautaires. Les centaines de milliers de personnes qui descendent dans la rue se revendiquent au contraire d’une citoyenneté libanaise et de la laïcité. Pour le montrer, ils ont organisé cette semaine une chaine humaine du nord au sud.

En Irak, où, là encore, les clivages entre sunnites, chiites et kurdes sont constitutifs de l’après-Saddam Hussein, on entend aussi une volonté de les dépasser. Même si les révoltes touchent les grandes villes, mais moins les régions sunnites à peine sortie de la guerre avec Daech, et pas le Kurdistan autonome.

Les réponses des autorités ne sont pas les mêmes, elles sont mêmes radicalement opposées. En Irak, le gouvernement use de la manière forte pour briser ce mouvement massif. Le bilan est lourd, 220 morts et 8000 blessés en un mois.

Au Liban, l’ambiance est au contraire incroyablement festive, même si chacun pressent la fragilité de l’équilibre actuel. 

Mais le Liban, comme l’Irak, -c’est un autre point commun-, sont des terres d’influence pour l’Iran, et sont au carrefour des rivalités régionales. C’est ce qui rend ces révoltes périlleuses, elles ne remettent pas seulement en cause les intérêts de quelques politiciens. On n’imagine pas le Hezbollah libanais céder son emprise sur le pouvoir sous la seule pression de la rue, pas plus que le gouvernement irakien n’entend « dégager » parce que les manifestants l’exigent. 

Près de dix ans après les printemps arabes, des pouvoirs à la légitimité discutable refusent toujours de céder à celle de leurs peuples qui s’exprime haut et fort.

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