En Irak, il n’y a pas que les attentats qui posent problème aux Américains. Ils y sont au moins autant, voire plus encore, confrontés au manque d’argent qui devient pour eux criant parce qu’ils avaient imaginé financer la reconstruction irakienne grâce au pétrole irakien, qu’ils n’y parviennent pas car les sabotages et l’insécurité empêchent la remise en service des puits et que plus la reconstruction tarde à se mettre en route plus l’insatisfaction populaire grandit et nourrit les violences qui elles-mêmes, etc. C’est un cercle vicieux, un véritable casse-tête pour la Maison-Blanche car, à trois mois des débuts de la campagne présidentielle, elle ne peut guère espérer obtenir plus de crédits du Congrès que les 80 milliards de dollars supplémentaires qu’elle lui a déjà demandés. Il faut trouver de l’argent ailleurs, dans d’autres pays. C’est la principale raison pour laquelle Georges Bush tente, désormais, de se rallier l’Onu mais, outre que bien peu de pays sont disposés à mettre la main à la poche tant que les Etats-Unis se garderont l’entier contrôle des opérations, outre le problème politique, personne n’a très envie d’aller risquer un sou dans un pays dont l’avenir est à ce point incertain. Il y a deux mois encore, les Etats-Unis attendaient beaucoup de la Conférence des donateurs qui se tiendra dans trois semaines à Madrid. Ils voyaient déjà les dollars se bousculer par milliards aux portes de l’Irak car ils croyaient alors qu’ils auraient amorcé, d’ici là, le retour à l’ordre mais Madrid s’annonce mal. L’argent ne sera pas au rendez-vous. L’argent se défile et c’est dans ce contexte, pour séduire les investisseurs, que les administrateurs américains de l’Irak ont cru bon de faire annoncer, il y a dix jours, par le ministre des Finances du Conseil de gouvernement irakien une totale libéralisation de l’économie du pays. Aux termes de l’ordonnance prise par le ministre, Kamal al-Kilani, les investissements étrangers, sauf dans le secteur pétrolier, ne sont désormais plus soumis à aucune limitation d’aucune sorte. En théorie rien à redire. Pourquoi pas ? Très bien même, pourrait-on penser puisqu’il faut, évidemment, faire venir des capitaux mais lorsqu’on ouvre aux investisseurs étrangers un pays aussi ruiné que l’est l’Irak, qu’ils peuvent y acquérir ce qu’ils veulent et à 100%, que peut-il se passer ? Ils peuvent y prendre possession de tout, pour une bouchée de pain, miser peu dans l’espoir, un jour, de gagner gros, n’apporter que peu d’argent mais acheter le pays, s’en rendre maîtres, sans que le capital irakien puisse faire le poids. Alors les esprits s’enflamment à Bagdad. Les partis politiques et les autorités religieuses crient à « mise en vente » du pays. Le secteur privé irakien, réalité économique et force politique, vitupère les Etats-Unis et le Conseil de gouvernement et le Conseil, lui-même, se déchire publiquement, à coups de communiqués contradictoires, sur cette mesure qui braque tous les Irakiens contre lui et les Etats-Unis. Depuis le jour où ils ont rendu d’un coup les militaires à la vie civile et ainsi mis au chômage une armée d’aigris rêvant de vengeance, les Américains n’ont sans doute jamais commis une telle erreur en Irak mais, pour l’instant, ils s’y tiennent.

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