Bill Clinton était, avant-hier, l’invité d’honneur du Congrès travailliste à Manchester. Ovationné, présenté par Tony Blair comme « le seul, l’unique Bill Clinton », il n’a pas été non plus avare de compliments pour les « impressionnants succès » de ses hôtes mais s’est aussi fait philosophe en brodant longuement autour du concept d’ « Ubuntu ». Non, ne vous ruez pas sur le dictionnaire. Vous n’y trouverez pas ce mot qui vient des langues bantoues, explique la BBC, celles qu’on parle au Sud de l’Afrique. Ubuntu, u-b-u-n-t-u, n’a d’ailleurs pas d’équivalent dans les langues occidentales puisqu’il est, à lui seul, un concept, l’idée que « je suis car vous êtes », que je ne peux pas être sans vous, non pas seulement que je n’existe que dans les yeux de l’autre mais, beaucoup plus profondément - la définition est de Mgr Tutu, l’évêque et pacifiste sud-africain – que « mon humanité est inextricablement liée à la vôtre ». Plus prosaïquement, cela veut dire que l’on n’est une personne qu’à travers la relation à l’autre et, encore plus simplement, que l’on ne peut pas exister sans les autres. Il y a, en fait, un mot proche de cela dans nos langues, un mot que les Polonais avaient fait entrer dans l’Histoire avec le premier syndicat libre du monde communiste, et ce mot de « solidarité » fait comprendre le message lancé par Bill Clinton à Manchester. Ce qu’il a martelé devant le Congrès travailliste en disant la « La société est importante à cause de l’Ubuntu », c’est que Margaret Thatcher avait tort lorsqu’elle avait déclaré que « There is no such a thing as society », qu’il n’y a pas de société – pas de société mais que des individus, comptables et responsables de leur destin. En disant cela, la Dame de fer avait signifié que les individus, les êtres humains, ne devaient compter que sur eux-mêmes et pas sur la collectivité, ne donc pas attendre d’aide, de redistribution par l’impôt et de solidarité collective. On connaît le credo libéral, l’idée que l’Etat providence, la sécurité sociale, feraient des gens des assistés, incapables d’entreprendre car privés par les filets sociaux de la capacité et de l’incitation à prendre des risques mais Bill Clinton a opposé à cette idéologie, si triomphante aujourd’hui, l’idée que ce ne serait, au contraire, que dans l’entraide, la tension vers la solidarité et l’effort collectif que l’individu se réaliserait et aurait aussi les meilleures chances, c’est important, d’être heureux et fier de lui-même. C’est également le message de toutes les grandes religions, de l’humanisme et de toutes les sortes de gauche et en allant chercher le mot pour le dire en Afrique, le plus défavorisé de tous les continents, Bill Clinton a voulu faire passer que cette indispensable solidarité, prise en mains commune de nos destins, passait obligatoirement, de nos jours, par la solidarité internationale. Alors retenez ce mot, ubuntu – il pourrait bien devenir un mot clé du vocabulaire politique.

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