Pour l’Union européenne, c’est un rendez-vous de première importance, économique et politique. L’Union reçoit aujourd’hui, à Marseille, un pays d’un milliard cent millions d’habitants, l’Inde, pays le plus peuplé du monde après la Chine, un pays en plein boom économique dont elle est le premier partenaire commercial, devant la Chine. C’est la rencontre de deux géants mais elle attire, pourtant, beaucoup moins d’attention, dans la presse et l’opinion européennes, que ne le feraient des sommets euro-américain, euro-russe ou euro-chinois. A l’exception de la Grande-Bretagne, son ancien colonisateur, l’Europe regarde peu vers l’Inde qu’elle connaît et comprend mal pour la simple raison qu’elle ne lui pose pas de problèmes. L’Inde fascine moins l’Europe que la Chine car elle ne sort pas du communisme et se montre moins tonitruante dans son émergence sur la scène internationale. Contrairement au monde arabo-musulman, elle ne lui fait pas non plus peur. Bien que l’Union en ait fait un « partenaire stratégique » en 2004, l’Inde, vue d’Europe, est dans une sorte de trou noir alors qu’elle est la plus grande démocratie du monde, pleine de contradictions, de violences parfois, mais fondamentalement démocratique depuis son indépendance, en 1947, et en pleine ascension aussi avec des taux de croissance record, des entreprises à même d’investir sur les cinq continents et de jeunes scientifiques qui s’imposent dans le spatial et l’informatique. Infiniment plus solide que la Chine car son pluralisme, ses libertés et ses élections lui permettent de canaliser ses tensions sociales et politiques, puissance atomique, aussi, depuis près d’une décennie, l’Inde comptera et compte déjà dans ce siècle et elle regarde, elle, vers l’Europe. L’Inde se méfie de la Chine car ces deux géants sont en situation de rivalité en Asie et que les Chinois ont une alliance privilégiée avec le Pakistan, pays avec lequel elle est en conflit depuis l’éclatement des Indes Britanniques dont l’une et l’autre sont issus. L’Inde ne souhaite pas, non plus, développer une relation trop exclusive avec les Etats-Unis car elle ne veut pas dépendre d’eux et craint que l’Amérique et la Chine ne s’entendent, un jour, sur son dos. L’Inde voudrait faire de l’Europe son premier interlocuteur et ne plus être que son neuvième partenaire commercial, derrière la Corée du Sud. Alors l’Europe se réveille, découvrant qu’il y a, là, un immense marché qu’elle commence à peine de défricher et qui pourrait considérablement augmenter son poids économique et politique en développant ses exportations, bien sûr, mais également en lui faisant vraiment prendre pied en Asie, ce continent du siècle où l’Amérique a pris tant d’avance grâce à une présence en Chine avec laquelle l’Union pourra difficilement rivaliser. Pour l’Europe, l’Inde devient un enjeu stratégique et, en Europe, c’est pour la France que l’Inde est la plus prometteuse car elle a, avant tout, besoin de centrales atomiques et d’équipements routiers et ferroviaires – domaines d’excellence de l’industrie française.

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