Partisans, hier encore, d’explorer toutes les possibilités de dialogue avec Téhéran, les Etats-Unis brandissent désormais de nouvelles menaces de sanctions « dures ». Ces mêmes sanctions ont, à l’inverse, suscité des réserves de Bernard Kouchner, pourtant ministre des Affaires étrangères d’un président, Nicolas Sarkozy, qui pense et dit que le tentatives de négociations avec l’Iran ne feront que lui donner le temps de progresser vers la bombe. En un mot comme en cent, et sans même parler des ambiguïtés russes, le dossier iranien sème plus que jamais la confusion dans les capitales occidentales mais c’est le contraire qui serait étonnant car tout, dans cette affaire, n’est que question sans réponse. On ne sait pas, et les dirigeants iraniens ne le savent sans doute pas eux-mêmes, ce qu’est la réalité des rapports de force entre courants et sous-courants de ce régime. Tout bouge, sans cesse et très vite, à Téhéran non seulement parce que toutes les figures de cette théocratie, dirigeants en place et oppositionnels, craignent une explosion populaire qui mènerait à l’aventure et se gardent donc tous d’aller trop loin mais aussi, surtout, parce que la nature même du régime est en train d’évoluer. C’était une République mais sous étroit contrôle des instances religieuses, un double pouvoir dans lequel les religieux comptaient beaucoup plus que les élus sans que les élus ne comptent pour rien mais, depuis les manifestations qui avaient suivi les élections truquées de juin dernier, un troisième pouvoir paraît s’imposer aux deux premiers. Bras armé du régime et bénéficiaires de grands monopoles économiques, les Gardiens de la révolution, ceux-là même qui viennent de tester les nouveaux missiles, semblent de plus en plus tirer les ficelles à l’ombre de Mahmoud Ahmadinejad dont ils ont largement organisé la réélection. Que veulent-ils, en dehors de l’affirmation de leur prééminence ? Personne ne le sait vraiment et on ne sait pas non plus quel but poursuit ce régime, globalement parlant, avec son programme nucléaire. Veut-il vraiment se doter de la bombe pour devenir incontournable et assurer sa pérennité en flattant un orgueil national ? Ne veut-il qu’aller jusqu’au point où il pourrait s’en doter et négocier alors en position de force ? En admettant même que ce choix ait été déjà fait à Téhéran, ce n’est clair ni pour les Occidentaux, ni pour Israël, ni pour les pays arabes sunnites qui craignent comme la peste l’Iran chiite et perse. Et puis, enfin, il y a toute la question des moyens de pression sur Téhéran. On ne sait pas, pas avec certitude en tout cas, si des sanctions dures, mettant vraiment à mal l’économie iranienne, seraient ou non applicables puisqu’il n’y a pas d’embargo incontournable. On ne sait pas si leur effet rallierait la population au régime ou l’en détournerait plus encore. On ne sait enfin pas si le très hypothétique bombardement des sites nucléaires iraniens précipiterait l’écroulement de la théocratie ou susciterait, au contraire, une union nationale dont elle bénéficierait alors. Jeudi, à Genève, les grandes puissances ont rendez-vous avec l’Iran mais, quand on ne sait rien ou presque, il est aussi difficile de savoir quoi dire que de savoir quoi faire.

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